Patrice Catanzaro, interview en backstage du salon international de la lingerie

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C’est bonheur! Je l’ai rencontré en backstage du salon international de la lingerie de Paris (oui, après Las Vegas, je pouvais quand même me rendre à la Porte de Versailles… sourire) et je vous livre une interview (et même une vidéo) du créateur adoré de tou(te)s les fétichistes de l’indécence :

Patrice Cantanzaro!

(là, virtuellement, vous entendez mes cris hystériques)

Patrice Catanzaro 2016

Quel homme! Allez, c’est parti :

Tu me disais qu’en ce moment vous êtes implantés à Marseille…

Patrice Catanzaro : Tout est à Marseille : les bureaux de style, la création, l’administration, la fabrication, la distribution, les exportations dans le monde entier. Tout est à Marseille.

Donc, après avoir passé 38 ans de ta vie à Paris, tu es allé vers le soleil…

Patrice Catanzaro : Oui, on a commencé dans les années 80 à Aubervilliers, après on a fini à Paris à la Bourse, au-dessus du Vaudeville, anciennement le Club Med : on avait le 1er étage. Aujourd’hui, on est distribués aux États-Unis, au Canada, dans toute l’Europe, au Japon, dans les émirats arabes…

… Comment ça ? Tu arrives à être distribué dans les émirats arabes ?!?

Patrice Catanzaro : Oui, on est à Dubaï, Abou Dabi, au Liban…

Et du coup, tu dessines des collections spéciales ?

Patrice Catanzaro : Non, ils achètent nos collections.

Ça voudrait dire qu’il y a une vie fétichiste dans les émirats arabes ?

Patrice Catanzaro : Bien sûr. Fétichiste, c’est un terme générique. Les femmes, ce n’est pas parce que dans la rue elles sont voilées à Dubaï, qu’à la maison, quand elles ont envie de séduire leur copain ou leur copine, elles n’ont pas envie d’être sexy et désirables. Elles ont envie d’être femme, tout simplement. Et puis après, fétichiste, ça veut dire quoi ? Moi, je fais des vêtements qui sont des accessoires du corps. La nana ou l’homme – enfin mon truc, c’est vraiment les femmes – c’est un diamant, moi je fais juste des écrins, un emballage. Fétichiste, ça le devient par ce que l’on vit avec. Moi, mon fétichisme, c’est la matière. Le fétichisme, c’est lié à des fortes émotions que l’on ressent à un moment T, pendant un acte, une situation, et ce souvenir est gravé dans la mémoire, et l’on a qu’une envie, c’est de revivre cet instant. Ça devient fétichiste. Après, ils (les émirats arabes) achètent de la lingerie dans des matières comme le Wet Look, le vinyle, etc. Est-ce qu’ils sont fétichistes ? Je ne sais pas. En tous cas, ils aiment les belles choses sexy et ils ont envie de séduire.

C’est vrai que ce sont vraiment des beaux produits que tu proposes sur toutes tes collections. Moi je l’avoue, j’ai commencé à les porter il y a 10 ans pour les nuits élastiques, où le dress code exigeait de ne porter aucun textile. Je ne savais pas comment faire. J’ai regardé la collection Patrice Catanzaro : aucun textile ! C’était parfait. Et après j’ai continué dans le libertinage, en achetant régulièrement soit chez Demonia, soit au Cap d’Agde, parce qu’on trouve des pièces très dénudées. Moi, c’est ce qui m’attire.

Patrice Catanzaro : Dans les collections, il y a plusieurs thèmes : très fétichiste, tendance SM, dédié aux gens qui pratiquent, avec des codes très pointus que les afficionados détectent, mais pas spécialement l’individu lambda. Donc, une partie de la collection est vraiment dédiée à la soumise, à la domina… de manière très subtile.

Dans libertinage il y a le mot liberté avant tout. Je n’aime pas les étiquettes, les cases. On peut être fétichiste, voire SM et aimer libertiner. C’est la liberté du corps et de l’esprit.

C’est vrai que je dédie une partie de mes collections au libertinage, parce que j’aime l’univers du libertinage. Je pense être moi-même l’un des plus grands libertins que la terre ait portée depuis toujours. Je suis tombé dedans quand j’étais tout petit comme Obélix. Moi, je suis fétichiste de la femme, que ce soit dans le libertinage, le fétichisme ou le SM. Chacun trouve ses limites, mais je pense qu’il faut offrir le choix. Ce sont des accessoires, des vêtements pour jouer, pour séduire… presque des sextoys.

Ce que j’aime beaucoup aussi dans tes vêtements-accessoires, c’est que tu montres, là où les autres ne montrent pas. Par exemple, j’ai des robes en tulle sur le buste, c’est parfait, c’est transparent. Idem pour les lanières avec fermetures métal, ça peut être dénudé si on le veut.

Patrice Catanzaro : Ce n’est pas la robe qui décide pour toi. C’est toi qui décide le moment où tu as envie de montrer ou pas. Il n’y a rien de pire qu’une robe qui montre ce que tu n’as pas envie de montrer. Et montrer d’emblée, c’est moins érotique que de jouer. Ce qu’il faut, c’est qu’avec la robe tu puisses jouer. Le jeu, c’est vraiment la base de la séduction. Titiller le cérébral pour créer du désir et pour atteindre l’objectif que tu t’es fixé. Toute la semaine, tu es dans un personnage au travail, etc., et là, c’est comme au carnaval de Venise. Tu arraches ta peau et tu prends une nouvelle peau. Tu deviens un personnage et tu fais ce que tu as envie de faire. Tu vis ta vie. Et ce personnage-là n’a que les limites que tu t’es fixé toi.

Je reste impressionnée par la qualité des vêtements, des accessoires féminins que tu crées.

Patrice Catanzaro : À la base, je suis designer. C’est-à-dire que je suis quelqu’un qui vient de la couture. J’ai fait L’ENSAT, j’ai fait l’école du spectacle, j’ai été costumier dans le théâtre pendant des années. J’ai travaillé chez les couturiers et dans le prêt-à-porter et j’ai fait des vêtements. Je suis passé de la scène du théâtre à la scène fétichiste, donc je fais des vêtements pour le plaisir. Je fais des vraies coupes, c’est ce qui fait notre force : ce sont des vrais vêtements, qui sont bien coupés et avec de vraies tailles : on habille de XS jusqu’à double XL. Et en Allemagne, on va parfois jusqu’au 8-10 XL, parce que les femmes fortes ont le droit de s’habiller aussi, et d’être bien habillées pour épouser les courbes des femmes. Je viens du monde de la mode, mais je fais ce que je fais par choix, par passion, pour le plaisir. On est là depuis trente ans, on est des dinosaures, on fabrique 100% français.

On ne s’en rend pas compte, parce que chaque collection me paraît toute fraîche, pleine de créativité.

Patrice Catanzaro : On est 4 à travailler toute l’année à ne faire que de la création en permanence. C’est énorme. Dans la boîte, il n’y a que des passionnés.

Comment travailles-tu les matières ? Te focalises-tu sur une seule matière, comme le Wet Look, la résille, etc. ?

Patrice Catanzaro : J’ai travaillé la fourrure, la fourrure synthétique, le cuir, toutes ces matières sensuelles, chargées d’histoire au toucher. Je suis très sensible à la sensation que procure un tissu sur le corps humain. J’ai été un des premiers à faire du vinyle. À l’époque, c’était la toile cirée qui existait. Mon histoire a commencé à décoller quand j’ai fait du vinyle avec du lycra bi-extensible. À cette époque-là, j’avais fait une collection qui s’appelait « les plaisirs de Marlène ». Marlène, c’était une starlette de la télé française, avec une grosse poitrine, une jolie fille très sympa. On avait eu la chance de faire un catalogue avec Marlène (Ndla: la belle blonde en photo ci-dessous : toute une époque!) , Catanzaro et Christophe Mourthé et ça avait lancé la marque.

Marlene Morreau_02Marlene Morreau_01

Après, j’ai créé le Wet Look dans les années 2002. C’était une matière complètement nouvelle : ça avait le toucher du latex, le visuel du cuir, la sensibilité du vinyle. C’était vraiment un bon compromis, mais j’ai mis du temps à le faire accepter dans le milieu fétichiste qui ne le considérait pas au départ comme une matière fétichiste. Je suis aussi un amoureux du latex. J’en ai créé dans les années 2000 et cette année, je viens de faire une collection en latex, mais que pour moi. Je me suis fait plaisir. Peut-être que je la commercialiserai en 2016… À voir.

J’ai mis une vidéo de latex sur You Tube, elle a fait 25 000 vues en 2-3 mois.

Oui, il y a des afficionados qui n’attendent que ça !

Patrice Catanzaro : Oui, mais c’est mon bébé. C’est un peu un accouchement, à chaque fois que l’on crée une nouvelle collection. C’est très particulier.

J’aime aussi les matières techniques. J’aime les nouvelles technologies dans la matière. Donc, je travaille des résilles métalliques, beaucoup de lycra, de pailleté. Tout ce qui peut faire briller le corps : il faut que quand une femme enfile une création, on voit les étoiles dans le regard de la personne qui la regarde. C’est ça le truc.

Petit retour d’expérience : ça marche à tous les coups ! C’est vraiment bien.

Patrice Catanzaro : C’est ce qui me fait délirer. Je suis capable de passer des heures, assis sur une chaise, en soirée, à regarder les gens qui portent les vêtements et à voir l’interaction qu’il y a entre les individus. C’est un régal pour moi.

En fait, quand je porte tes robes, c’est un peu comme si j’enfilais de la haute couture. Parce que même si tes robes sont bien diffusées, ça n’a pas le même rendu sur toutes les femmes. Par exemple, j’ai une de tes robes ouvertes sur les fesses, je l’ai vu portée par plein de filles, comme si c’était une robe différente à chaque fois. Et moi, avec les laçages, j’avais l’impression qu’elle avait été créée pour moi, c’était magique.

Patrice Catanzaro : Ça c’est génial. Les accessoires aussi changent le rendu de la robe. Toutes les femmes peuvent s’y retrouver, qu’elles soient minces ou plus fortes.

C’est vrai que le Wet Look donne de jolies rondeurs.

Ma dernière question : Est-ce que tu fais du sur-mesure ?

Patrice Catanzaro : Oui, j’en fais : je travaille pour des clips vidéos, pour le cinéma. Il faut être observateur. Un truc qui s’est su, qui s’est vu l’année dernière pour les Enfoirés, c’était par exemple, Shy’m qui portait la catsuit rouge : tout le monde en a parlé, parce que là, c’était flagrant. Je sais que le costumier de Rihana est passé chez Demonia il y a quelques temps pour acheter des vêtements. Après, c’est vrai qu’aux États-Unis, je vends énormément, à Los Angeles, à New-York, à Las Vegas. Je crée des vêtements pour qu’ils vivent, qu’ils existent. C’est ça l’essentiel.

Aujourd’hui, j’ai 55 ans, je ne cours plus après la reconnaissance, je cours après la passation de savoir. C’est-à-dire que tout mon acquis, tout ce que j’aime, toute cette passion, j’essaye de la communiquer à des gens qui travaillent avec moi, qui signent avec moi les catalogues, pour que dans le temps, ça perdure.

Nous aussi, on souhaite que toute cette passion perdure : parce qu’un peu d’indécence, dans ce monde, ce serait pas mal !


INFORMATIONS PRATIQUES :


Bonus vidéo sur le stand de Patrice Catanzaro

Bon, clairement, j’ai demandé à Patrice Catanzaro de me présenter la dernière collection exposée au salon international de la lingerie. Il s’est approché d’un mannequin de présentation inanimé. Il a touché le tissu… avec sensualité. J’ai craqué : l’instant de grâce. Ce moment où une personne fait tellement preuve d’érotisme rien que par le toucher, que je ne peux pas m’empêcher de dire « Attends, attends, c’est trop beau, je peux faire une vidéo? » Enjoy!

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Double bonus photo souvenir des mannequins

Au centre et à droite, ce sont les mannequins en chair et en os de Patrice Catanzaro : Wow! Je ne me fais pas de souci pour leurs longues soirées d’hiver (ils sont trop mignons) :

Patrice Catanzaro 2016


fetish_weekend_montrealTriple bonus

Suivez le Twitter de Patrice Catanzaro !

Trop beau! 👍On fait tourner l’info : #fetishweekend à Montréal du 31 août au 5 septembre 2016 ! 😎

5 Responses to "Patrice Catanzaro, interview en backstage du salon international de la lingerie"
  1. Je dois dire que je suis assez fan aussi, et que mon amante a quelques unes de ses créations dans sa garde-robe pour notre plus grand plaisir à tous les deux (ah, la robe « blanche neige » ♥♥♥), sans compter celles essayées mais pas achetées parce qu’il faut être « raisonnable »…
    Mon regret : qu’on ne trouve pas (ou alors, c’est moi qui ai mal cherché, je veux bien qu’on me guide) un créateur ayant la même inspiration « pour nous les hommes » !

  2. Pareil que CMMnmg on est assez fans nous aussi, son idée de body est juste excellente 🙂
    Ce qui me touche le plus chez lui c’est qu’on sent à travers ses tenues le jeu, l’amusement, le plaisir et en même temps un coté « fonctionnel »
    Perso on rêve d’un monde ou on pourrait sortir habiller comme ça just 4 fun sans que ca choque ou provoque une émeute … on peut rêver
    Même si ses créations car c’est vraiment ça ont un petit prix, la coupe et les matériaux justifient (presque) tout, alors on économise pour la prochaine folie
    La dernière en date c’était cette petite jupe … petite en mode punkette j’adore j’ai osé la porter avec des collant (ben oui quand même) à un concert avec des paraboots lol ça a envoyé du lourd 🙂
    http://charlie-liveshow.com/strip-tease-rockabilly-porn-style/
    En tout cas merci Eve pour cet interview
    et en plus il est sur Marseille 🙂 c’est vraiment un homme bien mdr 🙂
    Kiss

  3. Nous sommes de vraies fans de ses créations.

    Un personnage qui garde une ligne directrice tout au long de ces année.

    Un seul reproche (qui lui coûte surement une exposition médiatique plus restreinte que méritée) :
    la multitude de ses sites internet.
    Tu n’en cites que 3, mais il y en a bien d’autres. un exemple : les créations homme sont sur http://www.patrice-catanzaro.net/

    pour optimiser son exposition sur le net, il devrait se concentrer sur un seul site. les journalistes, blogueurs et autres libertins pourraient alors faire des liens vers un unique site qui obtiendrait un meilleur score dans les recherches google.

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