Les excès de “La femme d’à côté”

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Cette chronique m’a été inspirée par aXelle de Sade et la lecture de sa vision du film de 1975 “Maîtresse” de Barbet Schroeder dont elle louait la justesse, bien que regrettant la fin trop conventionnelle. En fait, quand on est un esprit libre, les fins de films sont souvent décevante (on en reparlera).
Aujourd’hui, c’est à mon tour de faire mon ciné club d’un soir, bien à l’ancienne avec un film qui est cité dans mon dernier roman.

La femme d’à côté

“Ni avec toi, ni sans toi” est le message du film de 1981 “La femme d’à côté”, de François Truffaut.
Elle (jouée par Fanny Ardant qui crève littéralement l’écran) s’appelle Mathilde, comme l’héroïne excessive du rouge et le noir de Stendhal.
Lui (incarné par Gérard Depardieu, qui est excellent comme acteur en alternant les émotions dans une même scène avec un tel naturel qu’il rend son personnage extrêmement réaliste) s’appelle Bernard probablement parce que cette fable se voulait contemporaine au début des années 80′.
C’est assez subtil comme film, on prend son temps, on parcourt la vie des personnages.
J’ai ri, j’ai pleuré. C’est très beau cinématographiquement parlant (c’est même excellent du point de vue scénaristique et de la mise en scène). La musique de Georges Delerue rend ce classique d’autant plus sensible.
Xavier Dolan décrit ce film culte comme “humain”, “émouvant”, “conscient d’accorder de l’importance à des personnages et à une histoire”.
Commençons par la bande annonce :

ATTENTION SPOILER
Si je fais court, passé le temps des retrouvailles tendues puis passionnelles, le film est un chassé-croisé entre deux amants, qui dévorés par la passion ne sont jamais en phase pour exprimer leurs sentiments, ni 8 ans plus tôt lorsqu’ils se sont aimés une première fois puis quittés, ni au moment du récit durant tout le film lorsqu’ils deviennent voisins par un concours de circonstance et redeviennent amants, en cachette puis sous le nez de leur conjoints respectifs.
Quand c’est lui qui est à l’hôtel dans la chambre 118, qu’il a louée au mois, c’est elle qui ne veut plus venir pour arrêter de mentir à son mari. Quand c’est elle qui s’y rend seule, nostalgique, lui fait semblant d’être passé à autre chose. Et elle s’effondre.
Tout le film repose sur une tension dramatique, infusée dès le début par la narratrice Odile Jouve, une vieille dame, amie des amants, qui est restée infirme après s’être défenestrée par amour dans sa jeunesse.
J’ai plongé dans cette narration impeccable, je suis restée sidérée quelque part par la lente évolution tragique de la situation.
Et puis, je me suis posée deux secondes dans mon fauteuil en cuir pour me refaire l’enchaînement des scènes mentalement. Et ça m’est apparu comme une évidence. Oui, ce film parle de passion amoureuse. Oui, le point de vue féminin s’exprime autant que le point de vue masculin.
Et pourtant, le film parle d’un point de vue masculin sur les femmes (ce qui est “normal” pour l’époque). De celui, où l’homme est dépassé par son désir pour la femme. Il est celui qui accourt, qui cache ses sentiments, celui qui ne contrôle pas ses pulsions charnelles, celui qui désir (ça on en reparle la semaine prochaine), tandis que la femme est un peu la veuve noire du tableau, un peu mortifère. Et en cela, ironiquement le film est crédible, on cumule inconsciemment des clichés sexistes, car la femme est vue comme :
  • une instigatrice (après tout c’est elle qui débarque un beau matin dans le voisinage, alors qu’elle explique dans un second temps qu’il s’agissait d’une surprise de son mari. Et puis dans la fameuse scène du supermarché, c’est elle qui force le destin pour croiser Bernard :

  • une tentatrice (c’est elle qui porte des voiles en guise de vêtements, qui exhibe son corps sans cesse, c’est elle dont tout le monde ne dit qu’une seule chose “Elle est très belle”) alors que les hommes aussi sont des séducteurs de premier plan ;

  • une jouisseuse (on ne voit jamais le visage de Depardieu heureux de lui faire l’amour, on ne voit que son visage à elle, en gros plan, avec un sourire emplit de joie de vivre pendant l’acte, puis triste après) alors que les hommes jouissent autant et bien plus souvent lors d’un simple coït avec pénétration, que bien des femmes ;
  • celle qui est possessive (Un petit coup de cœur pour l’analyse du ciné club de Caen “Cette relation de nature régressive se modèle sur celle que l’enfant entretient avec sa mère. Placée sous le signe d’un désir illimité, elle enferme le couple dans le cycle infernal d’un mal que rien ne peut jamais apaiser”) alors que dans une passion amoureuse les deux partenaires peuvent se montrer possessifs ;
  • une victime (c’est elle qui finit en cure de sommeil dans un hôpital psychiatrique) alors que les hommes ne sont pas plus forts que les femmes en terme de fragilité psychologique ;
  • celle qui n’arrive pas à tourner la page, celle qui est pleine d’illusions déçues (elle a avorté 8 ans plus tôt parce qu’il ne lui a pas demandé de garder l’enfant, elle n’a pas eu d’enfants par la suite et écrit des livres pour enfants, dont le personnage principal est un enfant brun… un enfant brun comme elle et pas blond comme celui de son amant et de sa femme blonde)…
En fait le film aurait été diffèrent si le titre avait été “Mon voisin est un ex”, si la femme avait eu un enfant et pas son ex-amant, si c’était lui qui était allé à l’hôpital, et était revenu pour la tuer…
Parce que la fin du film, c’est quand même ça. Bernard est tranquille peinard chez lui, sa femme attend un 2ème enfant. Il est réveillé en pleine nuit par une porte qui claque, celle de la maison d’en face où l’attend Fanny Ardant, pour faire l’amour, le tuer avec un revolver alors qu’il est entre ses cuisses, avant de se tuer elle-même avec la même arme (sans avoir besoin de recharger d’ailleurs au passage).
Extrait du film de F. Truffaut
Si l’on parle de passion, au bout du bout se trouve le crime passionnel, celui des drogué.e.s de l’amour, de la nature sauvage qui dicte les désordres amoureux.
Au final, pour moi, le film parle autant de passion amoureuse que des peurs des hommes de se retrouver “ensorcelés” par une femme et de l’orgueil qui est contre-productif en amour (à force de ne pas montrer ses sentiments).
En tous cas, c’est vraiment un très beau film à voir ou revoir.

Pour aller plus loin

Je vous laisse lire un très bon entretien du 2 octobre 1981 entre Luce Vigo et François Truffaut qui parle de la violence en amour : https://www.universcine.com/articles/francois-truffaut-la-femme-d-a-cote-c-est-un-film-d-edith-piaf

Bonus polyamour

OUI, on va finir sur une note positive. YES! Les drames passionnels existent toujours alors qu’il serait tellement plus simple de tou.te.s s’aimer et de se le dire… #polyamour
Merci Clark Kent pour cette belle découverte :

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