Découvrez les femmes formidables des fées d’Arverne

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J’ai envie de vous faire découvrir des filles, des femmes, des meuhfs, qui ont participé vaillamment au festival des talents féminins: Les Fées d’Arverne. J’étais venue pour présenter L’infidélité Promise, parue aux éditions Tabou, mais le hasard des choses a fait que ce festival fut riche en rencontres entre auteures, photographes, peintres, créatrices. Je vous laisse découvrir ces personnes à travers leurs mots, à travers nos échanges :

Maryssa Rachel, écrivaine, photographe, chroniqueuse

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Je n’ai pas pris de photo de Maryssa, mais elle ressemble vraiment à cette belle photo en noir et blanc.

Tu me disais que tu as commencé à écrire à 7 ans, que tes livres sont inclassables, que tu te bases sur des expériences vécues que tu as romancées…

Maryssa Rachel : En fait, quand j’écris, j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui écrit. Je commence à entendre comme des susurrements dans la nuit. Mes personnages, je ne les connais jamais à l’avance. C’est une fois que je me mets devant un ordinateur que les personnages commencent à prendre vie. Et là, l’histoire se déroule au fur et à mesure que je tape. Je me laisse entraînée par ce que les personnages vont me dicter.

J’ai vu que le thème « transgenre » te parlait.

Maryssa Rachel : Pour Shemale mon premier roman sur la transsexualité (rebaptisé Another me), le processus a été différent. Je travaillais pour un magazine il y a une dizaine d’années et j’ai fait une sorte de reportage sur les transexuel.le.s. Et à l’époque on m’a dit « Mais pourquoi tu n’en fais pas un bouquin ? »… À l’époque j’ai vécu 7 ans avec un transexuel, donc je me suis beaucoup basée sur son vécu.

FtoM ou MtoF ?

Maryssa Rachel : FtoM. Et nous avons voulu expliquer ce qui se passe dans la tête d’une personne transexuelle pendant l’enfance et l’adolescence, c’est-à-dire avant le passage à l’opération. En France, on a décalage énorme par rapport à d’autres pays, comme au Canada ou dans certaines régions des États-Unis. Je suis en train de me battre pour que les enfants et les adolescents soient reconnus, avec Clémence Zamora Cruz de l’inter-LGBT. En France aujourd’hui à un gamin qui va dire qu’il est trans., on va lui dire ça va passer. Et bien, non. Ça ne passe pas.

decousueAprès « décousue », je l’ai écrit parce que j’avais besoin de m’extraire de ma vie réelle. J’ai un peu vécu par procuration grâce à mon héroïne, et j’ai fait certaines expériences  pour pouvoir le retranscrire et que ce soit encore plus vivant. Donc, on peut dire que Rose m’a permis de faire certaines choses que je n’aurais peut-être pas fait.

C’est bien comme démarche.

Maryssa Rachel : Je travaille beaucoup à l’instinct, donc par contre, je me suis mise un peu en danger pour l’écriture.

Et tu es également photographe ?

Maryssa Rachel : Je suis à la fois artiste, je fais des expos papier ou des projections avec des DJs dans les clubs. Et à côté de ça j’ai un travail « thérapeutique » entre guillemets, avec des femmes qui viennent me voir, qui sont hypra complexées et qui ont besoin de se réapproprier leur image. Donc je vais leur montrer qu’elles sont aussi belles que dans les magazines. On parle longuement avec mes clientes avant qu’elles ne se mettent devant l’objectif, et je n’impose rien. Toutes les nanas que je prends en photo, elles n’ont jamais posées. Elles sont hyper frileuses et je les amène à faire sortir la femme sauvage en elles.


Magali Vultus Becart, styliste, créatrice

img_1452Comme Maryssa Rachel était au salon, et que j’ai craqué sur un sublime corset de Magali Vultus Becart, nous avons fait une séance photo improvisée entre des rideaux noirs et sur un fauteuil avec mon livre à la main (on en reparlera).

Magali Vultus Becart est créatrice de mode pour la scène (théâtre, chanteuse.s, comédies musicales) et les particuliers. Et pour toutes ses clientes et ses clients elle réalise des pièces sur mesure à des prix abordables (j’ai craqué sur le bustier ci-contre et je l’ai payé 60€, ça vous donne un ordre d’idée).

Ses créations sont étonnantes. Elle a par exemple créé ce corset minimaliste, qui cache très peu et lace beaucoup :

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J’ai flashé sur le dos presque nu de ce corset également :

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Pour cette robe, elle a fait imprimé un tissu avec les gargouilles de Notre Dame de Paris.

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Et ça c’est la page des inspirations de Magali, où j’ai découvert Cléo de Mérode :

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Barbara Katts, auteure de romans et nouvelles

img_1433Peux-tu me parler de ton dernier roman « Bienvenue en enfer« ?

Barbara Katts : Bienvenue en enfer est un polar érotique. J’ai voulu mélanger les deux genres, je me suis beaucoup amusée. Il y a tellement de potentiel avec la littérature. Au départ, moi, je veux écrire sur des histoires de femmes, très différentes, mais toujours autodéterminées. Elles font ce qu’elles veulent faire, surtout sans se soucier du jugement. Dans Bienvenue en enfer, Samantha Dal Icante, surnommée  Sam la rouge, c’est une femme flic, une femme forte, qui a ses failles que je développe un peu, et que je développerais plus dans un livre sur sa vie.

Quand tu écris des passages érotiques, tu fais travailler ton imaginaire ?

Barbara Katts : Des femmes j’en ai croisé plein, j’aime discuter, les écouter. Concrètement, il suffit d’appliquer la psychologie à l’érotisme parce que tout le monde a une vie sexuelle. Et j’ai vu clairement que le seuil de tolérance vis-à-vis de la lecture de mes textes varie énormément d’une personne à l’autre.

61bhv0e8r2lJe pioche dans les paroles des personnes que je rencontre, dans les livres que je lis. Toutes ces choses me nourrissent et je les utilise pour créer quelque chose qui ne correspond pas à la réalité mais qui vient de cette réalité partiellement.

Par exemple Samantha, est inspirée de l’inspecteur Harry avec Clint Eastwood. Quand j’étais gamine, c’était fort, ces films, qui étaient noirs. Samantha elle-aussi est sombre. Et quand elle est confrontée à des personnages qui sont sombres eux-aussi, elle n’a pas la politique du « je ne le ferais pas sinon je ne vaux pas mieux que toi », non, elle c’est plutôt « je te vais faire encore pire et après on voit qui est la plus forte ». Je me suis lâchée avec ce personnage.

Et l’érotisme dans l’histoire, ça va avec la psychologie des personnages ?

Barbara Katts : Samantha est très dominante, très exigeante. Cela me paraît même cohérent physiquement. Elle est grande, elle est rousse. Elle flamboie, toujours en cuir, elle ne rentre dans aucune case. Je l’adore !

charlot800Tu t’attaches à tes personnages ?

Barbara Katts : Oui, mes personnages sont vivants tout le temps de l’écriture. Je pourrais la voir débouler devant moi, je serais à peine surprise.

Et tu présentes également en ce moment un romance « Les amours de Charlotte », peux-tu m’en parler ?

Barbara Katts : C’est un peu inspiré des malheurs de Sophie, tu te souviens, cette gamine à qui il n’arrive que des ennuis.

Oui, je m’en souviens très bien.

Barbara Katts : Charlotte, c’est un peu pareil. Elle découvre les aventures, les hommes, les femmes. Et à chaque fois, elle se trompe d’interprétation, mais ce n’est pas grave. Charlotte, elle fait ses expériences de jeune femme, elle est un peu crédule, elle est plus jeune que Samantha, elles n’ont pas du tout la même personnalité. Charlotte, parfois on lui dit blanc, elle voit rose. Ça fait partie des leçons de la vie et sans trop en dire, à la fin, elle comprend. Elle met des points sur les i et des barres sur les t. Mais elle en sort grandit. Elle a mûrit.

Quelque part Charlotte elle grandit, et Samantha, elle plonge dans la noirceur.


Julia Palombe, artiste

Chanteuse, auteur, chorégraphe, écrivain, chroniqueuse, Julia oeuvre pour la défense de la liberté, de l’égalité et des sexualités. 

Quelle est la réception du public pour ton manifeste  « Au lit citoyen », sorti cette année?

au-lit-citoyens-1Julia Palombe : Actuellement, le livre est en rupture de stock, donc ça veut dire qu’il se vend, qu’il plaît. J’ai des retours très différents : des hommes qui me disent qu’ils se sont reconnus dans les macho lands, ça m’a fait me rendre compte de certaines choses que je fais sans trop en avoir conscience et qui peuvent être maladroites. J’ai beaucoup de femmes qui me disent que c’est ce qu’elles pensaient tout bas et qu’elles sont heureuses et soulagées de le lire. Et puis, j’ai pas mal de mamans qui ont envie de le faire lire à leurs adolescents. Ça correspond d’ailleurs à une demande que j’ai eu de la part du milieu étudiant puisque je commence à faire des conférences à partir de janvier dans des lycées ou des foyers de jeunes travailleurs, à Paris, à Cherbourg… Ce sont vraiment des gens qui sont venus à moi à la suite de la promotion du livre « Au lit citoyens ». J’en suis vraiment très contente, parce que je vais être sur le terrain. Je trouve que c’est super ce côté éducation.

J’aime bien « Au lit citoyens »parce que tu parles de la libération sexuelle, en avançant qu’on pensait qu’elle avait lieu, mais que l’on n’avait pas vu venir toute la commercialisation du sex.

Julia Palombe : Oui, ça c’est le point de départ du bouquin. C’est mon constat. Effectivement, je suis hallucinée qu’il ait fallu attendre que moi, Julia Palombe, artiste, je sorte un livre comme celui-là, parce que le sujet est tellement énorme. Comment se fait-il que personne n’ait pris ce sujet à bras le corps. Quand je vois comment le sujet de la mal bouffe a nettement évolué, en conscientisant énormément notre rapport à la nourriture, je me dis qu’il y a beaucoup d’espoir pour la mal baise. On va commencer à conscientiser notre rapport à nos amants, à nos maîtresse car prendre l’autre pour une chose, un objet consommable, ça ne fonctionne pas, ça ne rapporte pas de plaisir. Et on veut tous la même chose : on veut avoir du plaisir.

C’est très important en effet la connexion à soi-même et à l’autre.

Julia Palombe : Ça m’a amené sur le terrain du plaisir partagé, ludique, profond. Si au lit, tu n’es pas capable d’avoir un rapport d’égalité avec ton partenaire, c’est impossible après d’en avoir dans la vie publique. On le vérifie maintenant tous les jours. Aujourd’hui également, on ne parle pas assez de la spiritualité libre, indépendante de toutes les religions. Le sexe c’est spirituel, dans la mesure où c’est la foi dans l’aventure, c’est se mettre en quête de la découverte de soi : c’est terriblement spirituel, ça ouvre des portes.

Oui, moi je le vois comme un chemin de développement personnel.

Julia Palombe : Ça fait une connexion avec notre âme, et je suis bien placée pour le savoir et toi aussi je crois, l’âme érotique a un grand pouvoir. Ça mène aussi à la magie de la rencontre amoureuse, à la conversation amoureuse, au désir féminin… On en parle tellement de ce désir féminin, on part de loin, dans la mesure où il était caché, où notre sexe lui-même est enfoui.

Est-ce que tu as des réactions de peur par rapport à ton livre ?

Beaucoup moins que par rapport à ma musique. Le fait qu’il n’y ait pas l’image, que je ne sois pas mise en avant dans mon jeu sur scène. Les mots utilisés dans mon livre sont courtois, galants.

Dans ma musique, cette liberté que j’affiche et que je projette de moi, elle fait peur. Nous sommes bloquées encore entre la maman et la putain. C’est vraiment quelque chose qui me parle et qui résonne en moi. J’ai vraiment l’impression que comme le disait Simone de Beauvoir « Une femme libre est exactement le contraire d’une femme légère ». C’est une femme qui est libre de dire non, qui sait où elle en est.

C’est une femme qui sait dire oui et qui sait dire non.

Julia Palombe : C’est important, car le non, il est encore…

Il est autant que le oui. Le oui est très difficile à avoir, autant que le non.

Julia Palombe : C’est peut-être vrai.  En tous cas, moi, j’entends encore : « J’ai eu du mal, sur le moment, je me suis peut-être un peu forcée ».

C’est clair qu’il faut s’entraîner à dire non.

Julia Palombe : Il faut se connaître. Tout est lié. Le point principal, c’est l’éducation que l’on a ratée. Et c’est pour ça que je pense que c’est le point sur lequel il faut insister. Il faut apporter un discours alternatif qui montre que la sexualité, elle est plurielle, ta sexualité, c’est celle qui te convient à toi, tout est possible, le fantasme est infini.


Julie Derussy, auteure

La dernière fois que je t’ai vue c’était aux écrits polissons, où tu corrigeais nos copies. Et entre temps, j’ai revu Marion Favry qui pense que les auteurs n’arrivent pas à se tenir aux contraintes des ateliers d’écriture. Ça m’a décomplexée.

51foxi7nslJulie Derussy : C’est vrai que c’est difficile aux écrits polissons d’écrire avec quelqu’un d’autre en un temps vraiment très court. Ce n’est pas évident, parce que souvent, il y a une personne qui prend l’ascendant sur l’autre. Mais j’ai déjà écrit avec Clarissa Rivière et on y est arrivées assez bien, sans temps limité bien évidemment. C’était « Aux frissons des jupons » et c’était chouette.

Quels sont tes projets en ce moment ?

Julie Derussy : J’essaye de varier un peu, j’ai plein d’idées dans des genres très différents. Je voudrais écrire un policier, alors j’ai lu plein de policiers dernièrement.

Tu t’inspires des écrits que tu lis ?

Julie Derussy : Pour le policier oui, j’en ai ressenti le besoin parce que ça fait un petit moment que je n’en n’avais pas lu. J’en lisais quand j’étais adolescente. J’avais besoin de revoir comment sont construites les intrigues, comment elles fonctionnent.

C’est ce qui me plaît chez toi, c’est que tu écris dans plusieurs genres littéraires.

Julie Derussy : J’ai fait de la fantasy, de l’érotisme et de la new romance aussi. Mais même dans autres genres, les scènes érotiques me viennent assez facilement par rapport à d’autres passages qui peuvent me demander plus de recherches. L’érotisme est assez instinctif. C’est assez drôle d’écrire des choses que je ne ferais pas trop dans la vie et de me permettre tout et n’importe quoi, de tout oser par écrit.

alma-les-debuts-dune-sorciere-julie-derussyAlors question : est-ce que ça t’excite quand tu écris ?

Julie Derussy : Ça m’est déjà arrivé. Notamment une fois où j’ai écrit des histoires de tentacules…

Comme dans les hentaï ?

Julie Derussy : C’est ça, c’était une sorte de reprise de Cthulhu. C’est le texte qui m’a le plus émue en ce sens, donc c’était assez drôle.

Peux-tu nous parler de ton dernier roman ?

Julie Derussy : Mon dernier roman c’est « Alma, les débuts d’une sorcière », qui est une sorcière qui a fait disparaître les attributs sexuels de son petit copain par erreur.

Oh c’est mignon…

Julie Derussy : C’est une sorte de Harry Potter en plus dévoilé.

Et alors que va-t-il lui arriver à Alma, sans trop nous en dire ?

Julie Derussy : Disons qu’elle fait tout le temps des gaffes. Par exemple, à l’école on lui demande de changer de l’eau en bière et par erreur, elle fait de la bière aphrodisiaque. Donc orgie sur le campus. Après forcément elle est mal vue…

Oh j’aime, c’est super créatif!


Sara Greem, auteure

saragreem3Sara Greem est une petite suisse pleine de peps. Elle a amadoué toutes les fées d’Arverne avec des pièces en chocolat au lait en francs suisses. Sara, on t’aime!

Tu me disais que tu es connue dans ton quartier comme auteure de la trilogie « Publicité pour adultes« ?

Sara Greem : Oui, mes livres se vendent dans les kiosques des marchands de journaux en Suisse et parfois j’ai des personnes qui sonnent à 21h le soir à ma porte pour se faire dédicacer mes livres. Du coup, j’ai des Directeurs à mon ancien travail qui se passaient mes bouquins et ils me revenaient cornés. On m’a même dit « Tes livres feraient bander un eunuque ». J’ai même reçu des propositions de mariage. Et il y a une de mes copines qui était frigide qui m’a dit « Sara, j’ai lu ton bouquin, je me suis masturber dessus pendant 5-6 jours ».

saragreempublicitepouradultesC’est que c’est bien écrit, c’est que ça marche.

Sara Greem :Mon lecteur bêta, c’est un professeur d’université de lettres à la retraite.

Mes bouquins sont décadents, mais c’est de la fiction. En fait, avant que je ne montre mon visage, on pensait que j’étais une vieille junky à la retraite. Alors que je suis prof d’Aïkido, je suis spirituelle, je fais des peelings…

Mais alors pourquoi avoir écrit cette trilogie?

Sara Greem :Parce que l’on m’a lancé un pari. À l’époque de la sortie de 50 nuances de Grey, une douzaine de mes ex-collègues avec lesquels je travaillais dans la pub m’ont lancé le pari d’écrire un livre érotique. C’était sur le ton de la plaisanterie, mais je l’ai pris au sérieux, même si moi, je lisais plutôt de la fantasy. J’ai déclaré : « dans 3 mois, j’aurai écrit une trilogie ». C’est bien simple, le matin, ils venaient me voir, je leur donnais à lire des scènes et ils partaient tous aux toilettes.

C’est incroyable cette histoire.


Isabelle Lorédan, auteure

img_1472Tu me disais que dans une scène de son livre, Patrick Lesage parle d’un piercing qu’il aurait fait à une femme qui n’était pas au courant au départ, ce qui pose le problème du consentement. Moi-même, j’avais été choquée chez Ardisson parce qu’il parlait des marques au fer rouge. J’avais demandé l’avis de l’association PariS-M, qui m’avait répondu qu’elle ne cautionne pas ce genre de pratique, indélébile et qui pose des problèmes sanitaires.

Isabelle Lorédan : Du moment où il y a franchissement de la barrière cutanée il y a des risques importants. Il a également beaucoup de mépris pour ce qu’il appelle ses « godes sur pattes ».

Le mépris pour les hommes seuls, c’est toujours dérangeant. Peux-tu me parler de tes derniers livres?

Isabelle Lorédan : Le tout dernier est sorti cette année en papier chez Dominique Leroy : Épanouissantes contraintes. Ce sont 3 nouvelles érotiques SM, dont la dernière fait la moitié du livre, où je m’attache un peu à faire de la pédagogie. J’ai envie de montrer que rien ne va à l’encontre des désirs. C’est un jeu de faux semblants. Le dominant ne domine jamais que ce qu’on l’autorise à dominer.

C’est une question dont on avait parlé dans les munchs PariS-M et c’est vrai que le pouvoir est dans les mains de la soumise ou du soumis. Si la personne ne veut rien faire, il ne se passera rien.

Isabelle Lorédan : De toutes façons, la personne soumise dit STOP et ça s’arrête. C’est la base.

Je ne montre pas un SM de société, on n’est pas dans le paraître. Je parle de gens qui vivent ça chez eux dans leur couple. Et toutes mes héroïnes ont quelque part soit un épanouissement à aller chercher ou quelque chose à reconstruire. C’est peut-être ma part personnelle dans l’écriture.

C’est vrai qu’on ne va pas vers le SM par hasard. Et peux-tu me parler de ton autre livre « Les bleus au corps«  ?

Isabelle Lorédan : Ce livre est un témoignage autobiographique de violences conjugales. Je dois t’avouer que j’ai des associations d’aides aux femmes qui me demandent : Comment peut-on avoir vécu ça (Les bleus au corps) et écrire ça derrière (Épanouissantes contraintes).

Alors que les personnes qui ont vécu des abus cherchent dans le SM à reprendre le pouvoir…

Isabelle Lorédan : … ou à lâcher prise. En tous cas, pour certaines personnes, ça ne semble pas compatible, alors que pour moi, ça n’a rien à voir. La différence entre les deux : c’est le consentement. Du moment où il y a consentement, il n’y a pas violence. Le consentement c’est fondamental.

Bon à savoir : il existe l’association PariS-M et également le site BDSM et abus pour parler des problèmes de consentements.


Stéphanie Chardon, peintre

img_1460Quel a été ton parcours artistique?

Stéphanie Chardon : J’ai fait une école de beaux arts, une école d’illustration, BD, dessin-animé, puis après je suis plutôt partie sur peinture et modelage pendant une vingtaine d’années. Puis, il y a deux ans, j’avais envie de revenir à un dessin enfantin, quand on dessine au téléphone avec son stylo, ce que j’ai fait. Et puis ça a évolué.

Au départ, je faisais des dessins en noir et blanc. Et petit à petit, il y a de la couleur qui est arrivée. J’ai des couches successives de stylo bille, des glacis. Par exemple pour cette couleur chair, j’ai 5-6 passages de stylo dans tous les sens, avec des couleurs différentes pour avoir des nuances.

Tu peux donc dessiner où que tu sois?

Stéphanie Chardon : J’ai juste à prendre un bout de papier, un bout de nappe, un stylo, et je peux faire quelque chose. C’est exactement ce que je cherchais et ça me permet aussi de sortir de considérations trop commerciales, avoir quelque chose de ludique et m’amuser.

Mais, pourquoi aller vers l’érotisme et la sensualité?

Stéphanie Chardon : Au début, ça m’a servi surtout à exprimer, à exorciser des choses, des sentiments, ça m’a permis de parler du rapport amoureux.

Tu représentes le corps féminin comme le corps masculin?

Stéphanie Chardon : Il y a beaucoup plus de représentations féminines parce qu’il y a une grande partie, où je suis partie d’autoportraits. Je suis mon modèle, ce qui est assez pratique. Mais bon, il y a aussi des hommes. C’est une vision de l’érotisme par une femme, donc ça génère des choses différentes.
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Une petite photo avec les piécettes suisses au chocolat au lait… Yummy!
De gauche à droite : Julia Palombe, Sara Greem, L.S.Ange, Eva Cayeux, Julie Derussy, Barbara Katts, Eve de Candaulie

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Et au détour des allées du festival, j’ai découvert avec bonheur un autre groupe de femmes qui s’adonne aussi à la littérature érotique dans des romances chez Erato éditions : Eva, l’éditrice, avec  Ava Krol, Aurélie Infinity, Delphine Clever, Siobhan Gabrielly, Colin Carter, Noémie Lorena, Sonia Eska

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Eva Cayeux a participé au « Livre cœur 2016 », un recueil de nouvelles des différentes couleurs de l’amour que les auteurs apportent avec leur univers (Science-Fiction, fantasy, ou encore des histoires historiques ou contemporaines…) :

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Bonus mec formidable

Claude gère le blog libertinage et politique. Durant ce week-end du festival des fées d’Arverne, il m’a fait découvrir les plaisirs de la table en Auvergne avec un civet de sanglier aux châtaignes, aux cèpes et aux airelles : une tuerie. J’ai pris une petite photo pour la postérité.

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Et entre le Gaperon (un fromage auvergnat aux fines herbes à tomber par terre) et la glace au gingembre, il m’a raconté les origines du libertinage contemporain et du « swaping ». Moment d’anthologie #CULturel :

Claude : C’est la guerre qui fait la rupture. Les bordels vont être interdits après 1945 avec la loi Marthe Richard. Avant cette période là, les modèles libertins étaient tout à fait différents puisque n’importe quel homme avait la possibilité de se soulager les roubignolles, puisqu’il y avait des prostituées dans toutes les villes. C’était quand même très répandu.

Le libertinage contemporain a commencé à l’époque des pilotes américains installés en Grande Bretagne. Il faut comprendre ce qu’était la vie d’un pilote de bombardier. Il s’engageait à effectuer 15 missions, et après il pouvait rentrer aux États-Unis. Mais la probabilité de survie pour un pilote, c’était 3 à 5 tours. C’est à dire qu’un mec qui arrivait à 6 tours, c’était déjà un survivant. Et il y a un très beau film qui s’intitule Memphis Belle, qui raconte l’histoire d’un avion qui a réussi à faire ses 15 tours en conservant son équipage d’origine.

Donc, ces aviateurs étaient en permanence près de la mort et ils le savaient. Quand ils rentraient d’un raid, sur 20 avions qui étaient partis, il n’était pas rare qu’il n’en revienne que 4 ou 5, les autres s’étend perdus en mer, scratchés, ou les pilotes ayant sautés en parachute. Et puis quand ces bombardiers larguaient leurs bombes, ils voyaient bien les dégâts qu’ils faisaient. Les gars cherchaient à échapper à des choses morbides.

Ces aviateurs étaient des officiers ou des sous-officiers qui avaient le privilège d’avoir leur femme avec eux en Europe. Ils étaient très jeunes et avaient 19-22 ans.

Du coup, ils avaient institué un jeu. Ils mettaient les clés des appartements dans une grande coupe. Les femmes se retiraient dans leurs appartements. Les mecs tiraient une clé et ils allaient coucher dans l’appartement dont ils avaient tirés la clé. Statistiquement, ça pouvait être avec leur femme, mais ça pouvait être celle de quelqu’un d’autre. Et le « swapping » tire sa source de là. C’était le choix de la vie contre le choix de la mort : tant que tu baises, c’est que tu es encore vivant.

2 Responses to "Découvrez les femmes formidables des fées d’Arverne"
  1. Un article passionnant ! Merci Ève pour ton travail et cette retranscription fidèle de nos échanges. Je considère comme un privilège d’avoir partagé ces deux journées avec toi et toutes ces personnes formidables et créatives. À bientôt !

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