Rencontre avec Francoise Colliot et ses générations de femmes

Dernières parutions

Françoise Colliot tient les blogs aveclamaingauche.com et pallilogienyc où l’on trouve ses textes et notamment les souvenirs de Tatie Monique qui vient de paraître sur papier ivoire.
Le pitch : Dans une famille, toutes les deux générations, une femme s’éprend de liberté sexuelle et des plaisirs de la vie. Chaque femme raconte son histoire dans un cahier qu’elle laissent traîner sur une table de cuisine quand la relève se manifeste : ce qui nous donne le cahier de bonne maman, et les souvenirs de Tatie Monique. Et il se murmure qu’une belle trilogie se dessine.

Rencontre avec Françoise Colliot, le temps d’un café gourmand près des Halles, hyper sympa :

Dans les souvenirs de Tatie Monique, est-ce que tout ce qui est relatif au candaulisme est une fiction? Je te demande cela parce que l’on y croit vraiment à fond.
Françoise Colliot : Oui et non. Ça m’est arrivé dans ma vie d’avoir un spectateur en laissant la porte ouverte lors d’un rapport sexuel. C’est beau d’être désirée par deux hommes. Et ça avait généré plus d’excitation que de jalousie chez mon partenaire. C’est à la fois être la poupée, et pourtant décider et pouvoir dire non. Il n’y a pas d’insistance dans ces cas-là.
Le fait d’écrire mon livre m’a permis de revisiter cette pratique et justement avec une approche qui ne soit pas glauque. Et le fait de t’avoir lue aussi, ça m’a beaucoup aidée. Ce n’est jamais de l’abattage, il y a des sentiments.
C’est pour ça que ton retour me touche beaucoup.

C’est réciproque. Ton livre m’a également beaucoup touchée. Ce que j’ai trouvé dans les souvenirs de Tatie Monique, c’est une grande joie de vivre. J’ai reconnu le côté solaire que j’aime beaucoup explorer dans mes romans. En plus, tu décris un groupe de personnes qui ne se jugent pas et se respectent. Ce livre est un grand souffle positif sur la vie, avec des femmes qui s’épaulent.
Françoise Colliot : J’aime beaucoup la réplique de Catherine qui dit que l’étiquette de salope, elle est moins lourde à porter à deux. Elles ont un lien très fort d’entraide, notamment quand Monique essaye de l’aider par rapport à sa douleur suite au décès de son mari.

Tous les personnages sont attachants.
Françoise Colliot : Oui, le bavard par exemple, on pourrait se moquer de lui, ou le trouver répugnant. Mais en même temps, c’est sa façon d’être et de marquer son respect. J’aime tellement le personnage du bavard que je fais intervenir son grand-père dans Le journal de bonne maman. Parce que Barjaco, ça veut dire bavard en provençal.

Les femmes ont beaucoup de tendresse pour ces hommes, dans le journal de Tatie Monique.
Françoise Colliot : Oui, elles ne veulent pas être jugées, et elles ne jugent pas les hommes non plus effectivement. En plus, tous les protagonistes sont de la même classe sociale. Tu sais, quand on parle du libertinage, on parle souvent de gens intellectuellement assez élevés. J’avais envie de montrer que des personnes plus modestes ne savent peut-être pas mettre des mots sur leur pratique, mais pour autant ils accueillent aussi ces pratiques avec aisance, avec bonheur.

Elles ont une vie non conformes, mais elles ne sont pas anticonformistes.
Françoise Colliot : Oui, Rosalie et Monique voulaient se marier.

J’ai pleuré au cours de la lecture des souvenirs de Tatie Monique, et sur le dernier chapitre du Journal de Bonne maman. Parce que ça m’émeut beaucoup la façon dont tu décris le passage de relais entre les femmes. Tu retranscris très bien à la fois l’idée de profiter à fond de sa jeunesse et à la fois que toute vie passe.
Quand tu es jeune, tu as l’impression que la vie a commencé le jour de ta naissance. Tu la découvres à ton niveau à toi, mais les personnes plus âgées ont été jeunes avant toi. Leur image ne retranscrit pas qui elles ont été. C’est le propre de la jeunesse de penser que tu es le premier à aller faire un plan cul. Quand tu croises une petite vieille dans la rue, tu ne sais pas ce qu’elle a vécu, les plans, les activités sexuelles auxquelles elle a joué.

J’ai aussi adoré tous les rebondissements que tu fais jaillir au fil du récit.
Françoise Colliot : Ça vient tout seul. Je me souviens que quand j’ai commencé à écrire la rencontre avec Valentino, je ne pouvais plus m’arrêter d’écrire.

Tu écris depuis longtemps ? Je te demande ça, parce que je trouve tes livres très aboutis.
Françoise Colliot :
En 1992, j’ai suivi déjà suivi un premier atelier d’écriture. J’avais un projet de nouvelles qui se déroulaient chacune dans un des douze pays de l’Union européenne de l’époque. Puis au bout de la troisième, je me suis rendue compte que mon mari n’aimait pas ce que j’écrivais. Alors, j’ai fait une pause.
Puis j’ai eu une période difficile dans ma vie, et un médecin m’a proposé d’écrire en écriture automatique sur le thème du bonheur ou de l’amour. Il a lu mon texte et s’est complètement plongé dans l’histoire, qu’il a trouvée très cohérente. Il m’a encouragé de nombreuses fois à continuer d’écrire.  

Comme quoi ça compte d’être encouragée.
Françoise Colliot : Oui, et ce médecin m’a dit “Quelle étape du tour de France votre mari a-t-il gagné?”. Je lui ai répondu qu’il n’a jamais fait le tour de France. Ce sur quoi il a conclu “Bon et pourtant il s’achète un vélo hors de prix et des tenues de professionnel. Ne vous laissez pas marcher dessus : écrivez!”
Je n’étais pas encore complètement convaincue. Puis, un mec sur Twitter m’a lancé un défi d’écriture, alors que je partais en vacances pour trois semaines à New-York. Le premier récit amoureux que j’ai écrit a été très apprécié, alors que j’avais peur de passer pour une obsédée sexuelle.
Puis, on m’a lancé d’autres défis d’écriture, avec des mots, avec des photos. Les retours des lecteurs ont été une grande source de motivation pour moi.
Et en fait, Tatie Monique est née à partir d’un dessin pour l’un de ces défis d’écriture. C’était une scène qui se passait dans un wagon de train. Il y avait un mec qui avait l’air vidé, alors j’ai imaginé que la fille avec lui sur le dessin venait de Paris pour aller dans le sud. J’ai recherché quel train existait. J’ai trouvé un arrêt à Dijon, qui me permettait d’expliquer que le type n’en puisse plus. Et je me suis dit qu’elle avait oublié son panier repas à Paris, et qu’une personne le lui tendait à la fenêtre. Au départ, c’était un texte unique. Puis, j’ai fait le texte où elle découvre Christian et où elle retrouve l’étudiant. Et le livre était lancé. Et je me suis dit tient ce serait marrant que la grand-mère (alias Bonne maman, alias Rosalie) ne soit pas dupe une seule seconde quant aux activités de Monique.
Il y a une dimension politique dans tes écrits?
Oui, j’y tiens. Bonne maman insiste d’ailleurs beaucoup sur l’anarchie, sur le fait que les anarchistes sont avant tout des gens épris de liberté. Également, ce sont des femmes qui assument complètement leur sexualité. Elles ne se “rangent” pas après leur mariage. Rosalie est bienveillante, mais en même temps, elle sait ce qu’elle veut.
C’était aussi important pour moi de faire intervenir aussi un mutilé de guerre dans le cahier de bonne maman. Il y avait des tas de gars à l’époque qui n’avaient jamais touché de filles et c’était important de parler de cette souffrance là. Et dans l’histoire, Rosalie et Nathalie, ce qu’elles retiennent de lui, c’est qu’il embrasse divinement bien.
Enfin, tu sais, un jour, j’ai reçu un commentaire sur un récit me demandant “Ah bon, une femme peut avoir envie de caresser un homme qui ne bande pas?” J’ai répondu “Bien sûr!”
Mais bien sûr, on peut mettre en branle tellement d’autres compétences.
Oui, j’ai vu que ce récit en particulier pouvait rassurer les hommes qui ont des pannes d’érection. Après en parlant avec leur femme, ça a débloqué certaines situations. Nous les femmes, on peut très bien prendre un sextoy.


Information pratiques

aveclamaingauche.com

Twitter : @ColliotF

Le meilleur est donc à venir, soutenons Rosalie et toutes les grand-mères coquines. Faites que le cahier de bonne maman se diffuse :
 https://fr.ulule.com/cahier-bonne-maman/

 

4 Responses to "Rencontre avec Francoise Colliot et ses générations de femmes"
  1. Cette interview donne envie de re-lire ce livre. Beaucoup d’empathie et d’enthousiasme remettent bien des pendules à l’heure de la “gentillesse” avec un G.

  2. Quelle joie de retrouver dans une interview mes des deux plumes préférées, Chacune d’elle dans style bien différent.
    Je n’ai qu’un mot à vous dire , j’adore vous lire. Vous me faite voyager au pays des fantasmes Et j’espère que vous ne vous arrêterez pas en si bon chemin.

  3. Je suis vraiment touchée de ces deux commentaires, et bien sûr de cette merveilleuse critique !
    Je réponds à l’interrogation d’Ève, il y aura bien un troisième tome, “Chroniques matrimoniales” où deux récits s’entrecroisent, celui de Monique qui raconte l’année qui a suivi son mariage et Rosalie qui raconte les années autour de la deuxième Guerre Mondiale. Ce troisième volume m’offre le luxe de pouvoir approfondir les personnages, leur personnalité.
    J’écris aussi, avec plus de difficulté, un quatrième opus “Manon à l’école buissonnière” qui raconte la décennie actuelle.
    J’ai aussi, en projet, un autre tome beaucoup plus sombre, dont le titre devrait être “les années noires” (titre plus que provisoire pour un projet qui est encore qu’une idée), dans lequel je voudrais aborder les années SIDA, la mort, le deuil.

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