La plus belle hermaphrodite dort au Louvre

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L’Hermaphrodite endormi.e est une statue grandeur nature, copie romaine de Pline l’Ancien datant de l’époque impériale (IIe siècle ap. J.-C.) et réalisée à partir d’un original en bronze du grec Polyclès. Au début du XVIIème siècle, Scipion Borghèse, fut le propriétaire du corps de marbre d’Hermaphrodite, après sa découverte près des thermes de Doclétien à Rome en 1608. Apparemment homophile, le cardinal Borghese chargea le sculpteur Le Bernin d’exécuter en marbre une sorte de canapé fait d’un matelas épais et moelleux pour servir de base à la sculpture antique.

De nos jours, il•elle est resté•e intacte et au moment où vous lisez ces lignes, le corps d’Hermaphrodite est toujours confortablement allongé sur son sofa de pierre calcaire blanche et sommeille à Paris au creux de l’aile Sully du musée du louVre.
C’est une œuvre qui évoque avant tout de la sensualité. Quand on l’approche de dos, son visage est pourtant tourné vers vous, ses traits sont fins. Ses fesses sont rebondies mais sans excès. L’un de ses pieds tend délicatement un tissu qui ne recouvre pas ou plus son corps intégralement nu. Quand on contourne l’oeuvre, on remarqué tout d’abord ses seins, une poitrine généreuse, ronde et voluptueuse. Puis un sexe masculin bandé qui jette le trouble pour qui l’observe.
Hermaphrodite est représenté comme un être bisexué, mais il faut savoir que médicalement parlant, l’hermaphrodisme vrai désigne un cas très rare d’intersexualité qui représente environ 5% des ambiguïtés sexuelles. Suite à une divergence du développement sexuel, la personne est alors dotée de la présence simultanée de structures masculines (véritable pénis érectile et prostate) et féminines (vagin et utérus).
Le corps sublimé des sculptures d’hermaphrodites était très populaire dans l’antiquité grecque puis romaine. Il relève du monde du merveilleux, et quelque part, peut-être, d’un désir de transsexualité, avant même que le mot n’existe. Au départ, fils d’Hermès et d’Aphrodite, Hermaphrodite est un personnage mythologique masculin pourvu d’attributs féminins après que la nymphe Salmacis ait demandé aux dieux de fusionner leurs deux corps.
Hermaphrodite possède un sexe masculin dressé dans les représentations antiques, tout comme Priape, dieu de la fertilité ithyphallique, mais toujours dans des proportions réalistes (contrairement à Priape).
Le mythe d’Hermaphrodite rappelle aussi les androgynes car dans Le Banquet, Platon nous raconte dans le discours d’Aristophane :
« Jadis la nature humaine était bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui. D’abord il y avait trois sortes d’hommes : les deux sexes qui subsistent encore, et un troisième composé de ces deux-là ; il a été détruit, la seule chose qui en reste c’est le nom. Cet animal formait une espèce particulière et s’appelait androgyne, parce qu’il réunissait le sexe masculin et le sexe féminin »
Ils donc étaient hermaphrodites et possédaient 4 jambes et 4 bras, mais Zeus, s’alarmant de leur potentiel, les sépara brutalement en deux moitiés. Il semblerait bien que la question de l’origine et du sens de la reproduction sexuée hantait sérieusement nos ancêtres.

http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/hermaphrodite-endormi

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L’hermaphrodite endormi.e vient nous titiller, en tant qu’inspiration pour d’autres artistes, comme les photographes Nan Goldin ou  Regina Virserius.

Nan Goldin
Regina Virserius

Le plus surprenant est sans doute la réplique de Barry X Ball, un artiste contemporain, sexagénaire californien. L’œuvre a été sculptée après avoir scanné la sculpture originale centimètre par centimètre et réalisé prototype imprimé en 3D. Elle est identique aux nombreuses copies de l’hermaphrodite endormi du Louvre, à la différence de sa couleur noire et de la qualité du contraste entre le poli du corps (en marbre noir belge) et la surface mate du matelas (en marbre noir de Carrare). Fascinant·e, non ?

Barry X Ball
One Response to "La plus belle hermaphrodite dort au Louvre"
  1. Si tôt, bien avant l’avènement de la génétique, de la science moderne, certains artistes avaient déjà compris que l’homme et la femme ne font qu’un. Je trouve cette oeuvre absolument magnifique.

    Je connaissais le Bernin, mais pas cette réalisation. La prochaine fois que je passe à Paris, je sais déjà que je ferai un passage au Louvre.

    Merci Eve.

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