Aux racines de John B Root : le pornographe et le gourou (1/2)

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 Quitte à aller acheter des livres pour les vacances, faites-vous plaisir : Le pornographe et le gourou vient de sortir, écrit et réalisé par John B root, réalisateur porno français #CULte et écrivain zen.

JohnUn petit extrait pour bien vous mettre dans le bain : «Pendant des années, Valentin avait fait du bon porno pour des mauvaises raisons. A présent, il faisait du mauvais porno sans aucune raison. Parfois, il s’étonnait que seul le sexe crade, misérable, humiliant obtienne de l’audience. C’était donc ça que la majorité de ses concitoyens souhaitaient voir ? Leur voisine ou la jolie fille d’en face avilie, souillée, insultée ? Ils avaient donc une si piètre estime d’eux-mêmes et de leur sexualité pour pouvoir trouver leur pitance masturbatoire parmi tant de médiocrité ? Il comprit qu’il s’était trompé du tout au tout sur la nature de son métier, depuis le début. Comment avait-il pu être assez bête pour croire qu’il avait été un artiste, un révolutionnaire ou, du moins, un créateur iconoclaste et politiquement incorrect ? Quelle cécité ! La pornographie, pensait-il à présent, c’est la léthargie, l’abrutissement, le silence, l’obéissance. Interdisez la cocaïne, le haschich, le pastis, les putes et le X et vous aurez une guerre civile. Le porno, comme la drogue, l’alcool, la prostitution, était une camisole qui garantissait l’ordre social. Peu importait la qualité formelle de la vidéo. Un gars qui s’est branlé en buvant sa bière devant une scène chez Josiane et Maurice, de Paul Forguette, ou devant n’importe quel gonzo gratuit sur n’importe quel tube, ne sortira pas dans la rue pour faire la révolution. Un jour viendra, se disait-il, où la consommation de X sera obligatoire. «T’es-tu vidangé les testicules aujourd’hui, citoyen-consommateur ? Non ? Alors fais-le tout de suite sinon tu ne recevras pas tes points de rationnement pour acheter ta bouteille de Ricard.»

J’ai rencontré John à une terrasse de restaurant en plein cœur de Paris sur l’invitation d’Emma, blogueuse en titre de Paris Derrière. Je devais « juste » venir prendre quelques photos, je n’avais pas de quoi enregistrer une interview, pas de papier, juste une ordonnance et un stylo (j’ai fait bonne impression à la pharmacienne par la suite avec mes notes griffonnées de toutes parts)… Et puis… Et puis, tout est allé très vite! Et j’ai passé une tellement bonne soirée, que tous mes souvenirs sont intacts.

Au début, j’étais un peu décontenancée, j’arrive au resto. Personne. J’étais un peu en avance, je discute un long moment avec le patron au bar autour d’un apéro. Puis, je me lance :

– On est trois, vous devez sûrement avoir une réservation à 21h?

– C’est à quel nom?

Et là, je n’ai vraiment pas su quoi dire:

– Je ne sais pas… euh, vous avez quoi comme noms vous?

– Je n’ai pas de réservation pour 3 à 21h.

– Vous êtes sûr?

Il me regarde d’une air vraiment étrange:

– Si vous n’avez pas de nom, il va falloir attendre.

OK. Mystère. Le temps passe et là je l’ai tout de suite reconnu. C’est fou comme certaines personnes sont photogéniques et ressemblent à l’image vue en interview. C’est lui! Je me présente, Emma arrive au même moment et le patron s’exclame:

– AHHH mais il fallait me le dire que vous dîniez avec Jean! Je vous aurai installée. Jean, je t’ai réservé la petite table en terrasse, vous allez être bien!

J’en étais sûre que ce petit écriteau « réservé » était pour nous, à la fraiche, ça m’apprendra à être timide. On passe à table à siroter du Baume de Venise rouge, et je découvre l’écrivain, l’homme, le personnage, la personne, derrière la catégorie professionnelle « réalisateur porno ». John B Root s’appelle aussi Jean Guilloré et son livre est une sorte d’autofiction partielle bien déjantée.

« Après ce nouvel échec sentimental et le départ de Josefa, Valentin fit deux nouvelles expériences de vie commune, avec une actrice débutante puis avec une étudiante en lettres — il les prenait jeunes dans l’espoir de pouvoir les manipuler plus facilement — mais ce furent deux nouvelles brûlures. Il renonça définitivement à la vie de couple et n’eut plus, dans sa vie privée comme dans sa vie professionnelle que des relations avec des femmes qu’il pouvait réduire à leur fonction et considérer comme des objets : des actrices, des collaboratrices, des escortes, des hôtesses dans les bars à champagne, des journalistes, des stagiaires, des masseuses chinoises. Il se traita lui-même comme il traitait les femmes et cessa à son tour d’exister en tant que personne humaine. Il n’autorisa plus qu’on l’appelle par son vrai prénom. Il était devenu Paul à plein temps. Paul Forguette, la machine à filmer et à photographier, le dingue qui traque le plaisir, les orgasmes des filles, qui invente, jour après jour, un monde de plaisirs rêvés, angéliques, sans pêchés, sans douleurs ; un monde auquel lui-même n’aurait jamais accès, pensait-il. Et peu à peu, immergé dans ce mensonge absurde, dans cette double contrainte permanente, il devint dur et lisse comme un os de seiche, animé par une foi et un enthousiasme de façade mais au fond, profondément seul et malheureux. Un créateur aveugle, vaniteux, autiste et véhément, orgueilleusement arc-bouté sur ce mensonge salvateur : «le sexe peut être de l’art, je suis un artiste et je vais vous le prouver». Sa folie ne connut plus de freins. Il construisit son improbable château sur des terres carbonisées par le regard mort de la Reine Blanche, là où rien ne pouvait pousser. […] »

Le livre à la main, il nous raconte un long moment ses débuts en tant qu’écrivain. Il y a très très longtemps, avant de travailler pour le porn et d’être « le » réalisateur canal+ sur la fin des années 90′, Jean/John était auteur pour les livres de la section « Jeunesse ». Oui, vous avez bien lu, John B Root a écrit plein de best sellers de Je bouquine, J’aime lire et a contribué à Castor Poche, Astrapi, et une ribambelle de titres pour bambins… C’est ça qui est génial dans la vie: ON NE PEUT PAS METTRE LES GENS DANS DES CASES, nous avons tous de multiples facettes. Alors, je l’imagine jeune écrivain en vogue pour enfants, et je me dis qu’il devait s’éclater dans ce domaine, ce qu’il confirme:

ANM4A2322– J’ai adoré faire ça. Tous les adultes heureux sont d’éternels enfants. Mes livres sont toujours recommandés par l’Éducation nationale pour les CM2 et les 6ème!

Puis son visage devient plus sérieux, il reçoit un appel, raccroche et nous explique sa problématique du moment :

– Je dois trouver un château sur une propriété viticole pour un tournage pendant l’été. Je viens d’en visiter un, mais ça ne va pas, on ne peut pas dormir sur place. C’est super important l’hébergement pour la cohésion d’équipe et pour la bonne ambiance de tournage. Si chacun rentre à son hôtel le soir, c’est triste. En plus, je veux que le château ai de beaux tonneaux pour filmer des femmes nues foulant le raisin, ça donnera plus de cachet au film. Quand on filme au Cap d’Agde, c’est génial, on a une villa, on est tranquilles. Tout est plus simple.

– Ah super, c’est bien le Cap d’Age. J’y vais cet été.

– Va dîner à la table de Marthe de ma part, c’est délicieux. C’est juste sur le port dans la ville (côté textile).

Emma interroge Jean/John sur le livre qui sort tout juste, et c’est une déferlante d’infos. Cet homme EST passionné:

– Valentin c’est mon alter égo psychanalytique. Il est hanté par sa mère cannibale et toxique. Pour sortir de la sexualité qu’elle représente, il plonge dans la sexualité du spectacle. Il y a beaucoup de passages dans le livre avec des escorts, des professionnelles du sexe, 30% sont des histoires vraies que m’ont été racontées par mes amies. Après, je dois vous avouer qu’ un cauchemar sur deux raconté dans le livre, c’est du vécu. À vous de deviner lequel…

« Mais… — car c’est bien cette conjonction de coordination déprimante que l’on attendait, pas vrai ? Mais le porno, lentement, jour après jour, vint s’immiscer entre eux pour salir et corrompre ce qui aurait pu être beau. Le porno, souvenez-vous, c’était, dans le monde de Valentin, le lieu de sa capitulation face à la Reine Blanche. C’était un domaine dans lequel, pour lutter contre sa peur de l’impuissance, il avait exclu toute tendresse, dans lequel il avait réduit les femmes à des corps, dans lequel il confondait l’amour avec le désir, le désir avec le plaisir, le plaisir avec le sexe, le sexe avec l’image et avec la gymnastique du sexe. Valentin ne commencerait sa psychanalyse que des années plus tard ; à ce moment de sa vie il n’avait rien deviné et il avançait au hasard dans l’inconscience. […]»

Et la vie réelle remonte à la surface :

– Juste avant de réaliser mon premier film en 1995, j’ai été reporter pour France 2, France 3. Je me voyais vieillir syndicaliste, dans une maison en banlieue, avec une femme, des enfants, un salaire qui tombe à la fin du mois. Et j’ai bifurqué.

Le pornographe et le gourou est édité aux éditions Blanche. Il est disponible dans toutes les librairies et en ligne.

Un autre bon livre à mettre dans votre panier (clin d’oeil).

Vous pouvez aussi aller mater du porn MADE IN FRANCE sur le site de John : http://www.explicite-art.com/

Pour le 15 août, je vous raconte la fin de ma soirée (et oui, gros teaser)… C’était très… « enrichissant »!

Photo : John et Emma en mode ni vu ni connue 🙂

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