Laurent Benaim, le photographe curieux de toutes les sexualités

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13147412_1016205235135751_2227323653933399756_oJ’ai découvert Laurent Benaim par un ami… qui avait posé pour lui lorsqu’il était étudiant (Et oui, nous n’avons pas tous eu la même jeunesse). Laurent est un photographe français, notamment très renommé en France et à l’international dans l’univers BDSM. Vive l’onirisme déjanté! Je suis restée médusée par ses photos sexuelles, étranges, d’une diversité surprenante. Il sera au festival d’Arles « Les rencontres de la photographie » du 3 au 10 juillet 2016 (au 13 rue Reattu). Je l’ai rencontré pour un déjeuner (merci Laurent) dans l’atelier avec verrière attenant à son studio photo de Montreuil. Les premiers rayons de soleil nous incitaient à admirer sa jolie terrasse et j’avais plein de questions à lui poser au sein de notre conversation décomplexée :

Les personnes sur tes photos sont d’aspect très hétéroclite…

Laurent Benaim : Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir des gens vrais. Je suis beaucoup plus intéressé par travailler avec des grosses dames qui ont de la personnalité que des libertins super bien gaulés… Je peux le faire, mais il faut qu’ils me racontent une histoire dans leur sexualité. J’aime bien jouer sur les contrastes : quelqu’un de très gros avec quelqu’un de très maigre, une personne handicapée avec quelqu’un de valide, etc.

tumblr_m51dql14jI1ruvpr5o1_1280Moi, tu me donnes l’impression d’être le Jean-Paul Gaultier de la photographie de nu, non ?

Laurent Benaim : En fait, il y a beaucoup de photographes qui ont une addiction aux bas résilles, aux porte jarretelles, aux talons hauts, à l’uro, etc. La prise de vue sert à alimenter leur libido, leurs fantasmes. Moi, au contraire, ce qui m’intéresse c’est de voyager dans tous les univers érotiques. Donc, j’aime travailler avec tous type de gens. Je ne suis pas dominateur, je ne suis pas soumis, mais ça m’intéresse parce que je trouve que la sexualité est une puissance que l’on a en nous. C’est de l’énergie pure, qui peut avoir un effet dévastateur, ou fleurir et donner des choses merveilleuses. Par exemple, la personne qui adore les pieds va tout faire pour assouvir sa pulsion et prend des risques énormes quand elle se fiche de savoir qui la regarde…

Oui, ces personnes sont « sous excitation », ça a été étudié par des sociologues.

Laurent Benaim : Sous excitation, ils sont capables de mettre en péril leur anonymat, leur vie. Et ça, ça m’intéresse de voir cette frénésie, cette vitalité que l’on a en nous pour exulter.

Moi, j’ai commencé par des couples « classiques », puis je suis allé vers des gens qui ont des univers érotiques beaucoup plus imaginatifs.

tumblr_ndnbvpj1jw1roir3bo2_1280C’est bien trouvé, c’est vrai que c’est beaucoup plus imaginatif quand tu rentres dans les extrêmes.

Laurent Benaim : ça m’amuse beaucoup de rentrer dans l’univers des gens, même si ce n’est pas mon fantasme à moi.

Il y a quand même cet aspect voyeur chez toi ou c’est de la pure curiosité de la vie ?

Laurent Benaim : Je ne suis pas vraiment voyeur, parce que ça ne m’excite pas forcément. Par exemple, ce soir, je fais une prise de vue uro, mais je ne le fais pas pour être voyeur ou pour m’exciter moi-même. Je le fais parce que c’est visuellement intéressant. Je cherche à créer des images qui soient fortes.

C’est juste de la recherche esthétique ou il y a aussi une volonté de transgression ?

J’aime bien quand même faire mon sale gosse et faire des choses dont on peut se dire « C’est gonflé ». Ça m’amuse. Je fuis tout ce qui peut être d’un érotisme classique. Et les dress codes ! Les dress codes, ça me saoule, ça ne m’intéresse pas du tout. C’est tellement plus drôle quand tu te fabriques ton truc ou que tu associes des éléments pour que ça sorte de la classification classique. Par exemple, une guêpière avec un tutu (ndla : tiens, c’est fou ça, c’était prémonitoire, vous comprendrez à la sortie de mon second livre).

tumblr_o2r96qYjE91ruvpr5o1_1280Moi, j’aime bien faire ça quand je vais en soirée. Par exemple, sur une soirée très chic s’habiller comme une star du porno ou comme si je sortais d’un sexshop, et si on m’emmène dans une cité en banlieue, j’aurai tendance à m’habiller comme une bourgeoise, histoire de contraster. Il faut proposer quelque chose de différent de ce que les gens pourraient attendre.

Laurent Benaim : Oui, il faut prendre le contrepied.

Et ça fait longtemps que tu as trouvé ton esthétique à toi ?

Laurent Benaim : Le tirage à la gomme, j’en fais depuis une vingtaine d’années. Des photos de sexe, j’en fais depuis plus d’une quinzaine d’années. J’ai commencé par des couples mais j’ai eu de la chance très vite, parce que j’ai rencontré des gens qui m’ont montré des trucs balèzes. Ma 2ème ou 3ème prise de vue de couple, il y a un gars qui m’a dit « J’aime bien me faire fister et j’aime bien fister ». Je ne connaissais pas du tout, je me suis dit « ça va être une boucherie » et finalement, c’était super beau.

tumblr_m3x88jgpMS1ruvpr5o1_400Il faut prendre du temps.

Laurent Benaim : Exactement, il a pris du temps. C’était super super beau. C’était un ballet.

Actuellement, j’en suis à 1000 tirages.

Et tu les exposes dans des galeries ?

Laurent Benaim : J’ai toujours beaucoup de difficultés à exposer en galerie. Il y a beaucoup de gens qui sont très enthousiastes mais qui ne se rendent pas compte que ça pose un milliard de problèmes. Je suis confronté au problème du lieu qui ne doit pas être accessible aux mineurs. En plus, il y a plusieurs décideurs et souvent ils s’autocensurent. C’est pareil pour les festivals. Mais, par exemple, j’ai fait 4 fois le festival de photographie d’Arles et j’y retourne cette année. Je suis dans une galerie, qui donne sur la rue. Monsieur et Madame tout le monde passent toute la journée et je n’ai que des visiteurs gentils, bienveillants, super cools. Il y a toujours moyen de faire une deuxième salle. Par exemple, à Arles, j’ai un petit coin où je mets les photos les plus « hards ».

Dès fois, je me trompe complètement sur les gens qui paraissent coincés et qui finalement viennent me voir en me disant « C’est super » et me déballent leur vie sexuelle. Le truc le plus drôle, c’est un jour un mec qui rentre dans la galerie typé arabe, avec une grosse barbe, une vraie tête d’intégriste et qui me dit « Il faudrait que tu fasses une exposition en Égypte ». Il m’a parlé de l’érotisme dans l’Islam, des miniatures persanes. Il était super cool et super ouvert. Il y a finalement très peu de gens qui sont choqués par du sexe.

tumblr_npf7qkuqUC1ruvpr5o1_1280Avec ta notoriété, ce sont maintenant les modèles qui viennent à toi ? J’ai vu que tu faisais des événements Facebook pour les shootings, c’est génial.

Laurent Benaim : J’ai eu 52 personnes sur un shooting. Je n’ai plus trop de problème pour trouver les modèles. Tout est programmé. J’ai fait un tour de France pendant 15 jours, chez des gens, dans leur environnement. Ça fait la 3ème fois que je le fais. J’aimerais beaucoup le faire aux États-Unis, pour shooter les gens dans leur cuisine, dans leur grange, dans leur champ de maïs au fin fond du Texas. Je dois avoir près de 1000 contacts sur Fetlife, ce serait drôle de faire un tour comme ça dans un gros camping-car. Aujourd’hui, je ne fais que le tour de France, mais c’est un projet.

Ce serait super, il y a une énergie folle aux Etats-Unis. Et les gens te montrent spontanément leur intimité ?

Laurent Benaim : J’essaye de parler avant le plus possible avec les gens en face à face, dans un premier rendez-vous : Vous êtes qui ? Vous venez d’où ? Vous faites quoi ?

Ça m’est arrivé deux ou trois fois d’être confronté à des problèmes de couples en plein shooting. Ou même parfois, rien qu’en discutant. Par exemple, la femme exprimait « ça ne me dit rien » et l’homme a surenchéri « Mais, si, ça va te dire, tu vas voir… ». Ça sert vraiment de voir les gens avant.

tumblr_m8dxxchzfa1ruvpr5o1_1280Après quand les gens arrivent sur le shooting, ils sont tout de suite à l’aise.

Laurent Benaim : Oui, cette partie-là, ça va.

Tu donnes beaucoup d’indications ?

Laurent Benaim : Dans la réunion de pré-shooting, je fais parler les gens de ce qu’ils ont envie de faire et j’essaye de leur faire une proposition pour avoir un effet visuel, pour théâtraliser leurs envies, afin que ça raconte une histoire. Souvent, les gens ont même plus d’idées que moi. C’est joyeux, en général, on se marre bien.

Laurent-Benaim_web23Donc, bonne ambiance sur les shootings. Et les gens peuvent te contacter pour devenir modèle(s) ?

Laurent Benaim : Oui, bien sûr ! Les hommes viennent souvent avec une copine. Pour les hommes seuls, je préfère qu’il soient hors norme, vieux, ou super fin, ou avec une énorme bite, etc.

J’ai vu que tu faisais des shootings avec des femmes enceintes, c’est super ça.

Laurent Benaim : La première fois, c’est une copine qui m’a dit « ça te dit de faire une femme enceinte coquine ? » J’ai dit « Allons-y ! » Elle est arrivée avec son soumis, elle l’a fisté, molesté, lui a pissé dessus. Elle était à l’inverse de l’image de la femme enceinte que l’on véhicule, recentrée sur son ventre. C’était drôle.

Il faut faire évoluer la vision de la société de la femme enceinte, et de la femme en général…

Laurent Benaim : Et de la femme qui est mère, qui est une sorte de sainte, d’immaculée conception qui n’est pas du tout immaculée. En général, la libido de l’homme chute lorsqu’il voit en la femme la mère de ses enfants. Et la femme parfois ne se reconnaît plus non plus dans ce changement.

Ma dernière question : La ville de Montreuil promeut-elle les initiatives artistiques ? J’ai l’impression qu’il y a plein d’ateliers dans le coin, à l’image de ton studio photo.

Laurent Benaim : Il y a plus de 500 artistes à Montreuil, et des grosses pointures : il y a des grands metteurs en scènes, des très bons plasticiens. C’est devenu un refuge d’artistes par la force des choses. Il y a un passé industriel à Montreuil avec plein de petites usines qui étaient devenus des squats dans les années 80’… et puis les squatteurs ont pu acheter ces friches industrielles, ces entrepôts. Un artiste en a attiré un autre et nous nous sommes retrouvés une grosse communauté d’artistes dans le bas Montreuil.


INFORMATIONS PRATIQUES

Site internet du studio photo de Laurent Benaim : http://studiolaurentbenaim.com

Bon à savoir : son studio photo peut aussi se louer à la demi-journée.

Page Facebook : https://www.facebook.com/laurent.benaim.3

Tumblr : http://laurentbenaim.tumblr.com/


Moi, ça me bluffe ces visuels surréalistes et pourtant très réalistes (chaque exemplaire à la gomme est unique) :
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3 Responses to "Laurent Benaim, le photographe curieux de toutes les sexualités"
  1. Quelle joie de lire des textes bien écrits et bien illustrés. Le fond et la forme pour mieux servir la soif de plaisir. Merci.

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