Lolita en 7 dates clés

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Lolita est un personnage de la mythologie féminine, un phénomène et souvent juste une pure chimère excitatoire masculine, une image fantasmée et éphémère de l’émergence de la femme sexuelle et sexuée. Mais comme vous le lirez plus bas avec les mots de Stéphane Rose : en réalité, Lolita n’a pas d’âge : c’est un concept.

Décryptage de Lolita en 7  dates clés :

1953 

Lolita est passée à la postérité après la parution du livre que Nabokov a fini de rédiger en 1953 après 4 ans de labeur. Et de fait, Lolita est le diminutif espagnol de Dolorès, qui signifie douleur.

Dans le livre Humbert Humbert, le personnage principal rencontre Lolita alors qu’elle n’a que 12 ans et demi et devient son amant. Forcément, ça fait scandale à l’époque comme aujourd’hui. Je rappelle qu’en France on considère que c’est à 15 ans que l’on peut avoir un consentement éclairé pour des rapports sexuels… donc forcément Lolita est bien trop jeune selon nos codes sociaux actuels.

[ATTENTION SPOILER] Lolita meurt dans le livre à 16 ans après avoir refusé de tourner un film porno (et oui, on est pourtant qu’en 1953), et en donnant naissance à une petite fille morte-née. Une fin bien tragique qui rend Lolita inaccessible pour l’éternité.

Pourtant, de fil en aiguille, de décennies en décennies,  Lolita est devenue une icone sirupeuse populaire, qui n’évoque maintenant que le début de l’histoire : la phase de tentation. Lolita est très liée à des symboles ambigus : des lèvres rouges, une sucette et des lunettes de soleil rouges en forme de cœur.

C’est en grande partie la faute à Kubrick qui sort sa version cinématographique en…


1962

Lolita se décline en version mythique

Je ne vous mets que le très très beau générique, mais c’est un très bon film de Kubrick à découvrir ou redécouvrir :


1975 ♥ 

Dans la rue, Lolita entend des drôles de mots comme « pute » (et oui, ça passait à la télé)

Bien évidemment, la thématique des Lolita, c’est un peu le dada de Gainsbourg avec notamment le concept-album, Histoire de Melody Nelson (1971), la chanson RockingChair‘ (1974) qui fait référence à Humbert Humbert, le narrateur de Nabokov.

« Lolita go home », c’est une vieille toune de Gainsbourg interprétée par Birkin, qui ça sonne plutôt bien, une sorte de « mauvaise réputation » au féminin :

Lolita c’est un sujet, une personne, un être féminin, qui parfois, n’a pas peur de faire « un peu pute ». Allez, je partage avec vous la référence : à chaque fois que je sors peu vêtue, je pense à ce dialogue chanté par Catherine Deneuve et Françoise Dorléac qui est juste énorme :

– Tu n’as pas peur qu’on fasse un peu pute?

– Tiens, c’est drôle mais je n’avais pas pensé à ça 🙂


1980 ♥ 

Lolita légère et ingénue inspire aussi beaucoup de gravité. Ça a quand même donné « Don’t stand so close to me » de The Police… ce qui me rappelle mon article “Bien trash sous excitation” sur le facteur excitation qui modifie nos comportements sexuels.


1992

Lolita laisse passer un ange via Noir Désir

Noir Désir lui dédie la chanson « Lolita nie en bloc » :


1997

Jeremy Irons et Melanie Griffith s’y collent

C’est une version plus fidèle au livre de Nabokov et bien plus explicite après un film déjà mythique (c’est spécial, je vous aurai prévenu).


2007

Lolita se fait décadante et change de genre

Bien sûr l’original d’Alizée a fait un carton l’été 2000… mais moi je craque pour la version  2007, suave, indécente, masculine de Julien Doré :

Je précise qu’il existe une version 2017, tout comme il existe une version de Céline Dion datant de 1987… mais c’est au delà de mes forces de l’intégrer ici.

Lolita n’a pas fini de se régénérer et d’attiser son mythe fantasmagorique : partagez avec moi vos références sur le sujet en commentaires, ça m’intéresse carrément.


Méga Bonus débat littéraire

En passant à la librairie La Musardine, j’ai eu l’immense honneur et la chance de croiser Stéphane Rose, auteur de littérature érotique. Il a partagé avec moi cet extrait de son livre « Pourvu qu’elle soit rousse » qui est très éclairant sur Nabokov, Houellebeck… et les beautés rousses. Il se pose la question de savoir à partir de quel âge une femme rousse est désirable :

“Rien de nouveau sous le soleil, de la Dolorès de Nabokov à l’Esther de Houellebecq, les Lolita font chavirer le cœur des hommes qui écrivent l’amour et marquent de leur brûlure indélébile leur littérature aussi bien que la tragique animalité de leurs vies de baiseurs insatiables. Lolita, justement, voyons ce qu’en disait Nabokov :

« On trouve parfois des pucelles, âgées au minimum de neuf et au maximum de quatorze ans, qui révèlent à certains voyageurs ensorcelés, comptant le double de leur âge et même bien davantage, leur nature véritable, laquelle n’est pas humaine mais nymphique (c’est-à-dire démoniaque) ; et ces créatures élues, je me propose de les appeler « nymphettes ». On notera que je m’exprime en termes de temps et non d’espace. J’aimerais, en fait, que le lecteur considère ces deux chiffres, « neuf » et « quatorze », comme les frontières – les plages miroitantes de la roche rose – d’une île enchantée, entourée d’une mer immense et brumeuse, que hantent lesdites nymphettes. Toutes les enfants entre ces deux âges sont-elles des nymphettes ? Bien sûr que non. Le seraient-elles que nous aurions depuis longtemps perdu la raison, nous qui sommes dans le secret, nous les voyageurs solitaires, les nympholeptes. Qui plus est, la beauté ne constitue nullement un critère ; et la vulgarité, ou du moins ce que l’on nomme ainsi dans une communauté donnée, n’amoindrit pas forcément certaines caractéristiques mystérieuses, cette grâce fatale, ce charme insaisissable, fuyant, insidieux, confondant, qui distingue la nymphette de telle ou telle de ses congénères qui sont infiniment plus dépendantes de l’univers spatial des phénomènes synchrones que de cet îlot intangible de temps enchanté où Lolita s’ébat avec ses semblables. Entre ces âges limites, le nombre des nymphettes authentiques est notoirement inférieur à celui des fillettes provisoirement sans charme, ou simplement accortes, ou « mignonnes », ou même encore « délicieuses » et « séduisantes », ordinaires, grassouillettes, informes, froides de peau, ces fillettes intrinsèquement humaines, avec leurs nattes et leur ventre rebondi, qui deviendront ou ne deviendront pas des femmes d’une grande beauté ».

La nymphette de Nabokov est donc une exception, une perle rare qu’il tente d’approcher en délimitant le terrain de sa quête à la tranche d’âge restreinte de son obsession pédophile, avant de procéder par élimination en débarrassant son idéal du gras de la vulgarité.

Dans La possibilité d’une île, entre autres pièges à journalistes, Michel Houellebecq s’offre une petite saillie anti-Nabokov, qu’il précède des propos suivants dans la bouche d’une des héroïnes : « Nabokov s’est trompé de cinq ans. Ce qui plaît à la plupart des hommes ce n’est pas le moment qui précède la puberté, c’est celui qui la suit immédiatement. »

Loin de moins l’idée d’arbitrer cette querelle d’auteurs, je n’en ai ni la prétention ni l’envie, d’autant moins qu’à mes yeux roussophiles, qu’elle soit pré-pubère, post-pubère ou femme mûre, je pense qu’il convient de chercher la nymphette rousse sur un territoire sans limites, ni celles de l’âge, ni celles des époques, des modes et de la temporalité des canons de beauté. La nymphette rousse élit indifféremment domicile dans la pulpe de l’enfance que dans la viande ménopausée, loge aussi volontiers dans l’inaccessible baigneuse nue d’Armand Point que dans les images mal filmée d’une Fovéa épongeant trois bites à la fois, se sent aussi à l’aise dans la vulgarité populeuse de la Nana de Zola que dans l’élégance aristocratique des rousse préraphaélites : énigmatique Maria Magdalena de Frederick Sandys, Lady Lilith de Dante Gabriel Rossetti qui déploie son roux éternel comme un trésor, tragique Ophelia de John Everett Millais dans le linceul de sa propre rousseur… La rousseur transcende à ce point les règles de la beauté féminine qu’elle s’immortalise aussi bien dans les toiles de maîtres que dans les films porno amateur.”

Bonne semaine flamboyante !

3 Responses to "Lolita en 7 dates clés"
  1. Je vais revoir la totalité de ton texte…. mais je note une erreur dès le début de ton texte. (et oui, on est pourtant en 1953). Je ne comprend pas ton commentaire, disruption du discours sans doute. Je n’arrive pas lire si on est en 1953 et l’on ne fait pas de porno ou on est en 1953 et l’on fait du porno, je suis censé être un logicien de bon niveau, il est parfois des impasses d’origine génétiques.
    Pour information, le porno peut être considéré comme la première utilisation du cinéma. Sadoul, dans son histoire du cinéma, écrit que les premiers a s’être emparés d’une invention à laquelle les Frères Lumières ne croyaient pas, ce sont les forains qui présentaient des petits films du type scopitone. Mais Sadoul est un marxiste-léniniste, il veut à tout prix faire rentrer le cinéma dans un schema qui voudrait que la classe ouvrière, via les foires, se serait emparée, la première de ce nouveau medium. Il fait une erreur d’analyse. Et l’histoire réelle est bien plus subversive.
    La raison pour laquelle la France avait, avant les multiplexes, le plus grand réseau de cinémas de quartier au monde tient à la concurrence de deux mondes antagonistes : l’église et les bordels.
    D’entrée, l’église s’empare du cinéma comme moyen de propagande et diffuse ses messages mortifères via le réseau des patronages. Une étude des noms de cinéma existant encore dans les années 70 pouvait te donner quelques indications sur les origines des cinémas, pour le sport, un club qui inclut « sporting » dans son nom est nécessairement laïque, oups, j’ai oublié le doublon catholique dans ce domaine.
    S’agissant des maisons closes, elles récupèrent tout de suite le cinéma qui, à l’époque, ne permet pas de tourner des longs métrages. Le film porno à au moins deux fonctions : exciter le client et, surtout, le faire patienter et lui faire consommer de l’alcool (il n’y a pas de petit profit). Il ne faut pas oublier qu’une maison close, surtout en province, n ‘a pas des centaines de pensionnaires et quand tu pense à la sortie des usines Michelin à l’époque, ces sont des milliers de clients potentiels, d’où la patience (qui comme chacun le sait, est la vertu cardinale du libertin).
    Il y a une autre raison, l’économie du cinéma est exactement la même que celle de la prostitution. Une fois que toute une vielle a vu le film, il faut faire tourner comme pour les filles, une fois que tout le monde a connu une fille, il faut la déplacer (c’est malheureusement le rôle des proxos que de recruter et de faire circuler les filles de ville en ville)/ Disposant de la logistique, il était naturel que les bordels trouvent dans le cinéma et son économie des profits supplémentaires.
    Le génie des financeurs des boxons, je ne parle pas des taulières qui n’étaient que des gérantes, est d’avoir pensé que le client avait une femme, des enfants, des parents qui pourraient s’intéresser à ce nouveau médium. Alors, ils installèrent quelque pâtés de maisons plus loin, les cinémas « tous publics » permettant ainsi à une industrie naissante de se développer…. il est quand même curieux de constater que un, l’argent des boxons a financé les grandes compagnies de production cinématographique, que deux, les premières grandes actrices du muet étaient au sens propre et au ses figuré des « putes »…. même si pour des raisons de confort, on parlait de « cocottes » ou autres vocables.
    Une note sur un sujet que je suis entrain d’étudier, l’église voudrait que la chair soit triste…. et toutes les images d’époque, montrent des filles joyeuses (ce qui ne veut pas dire que leur vie quotidienne était merveilleuse, loin de là). Simplement, dans leurs activités, elles prenaient du plaisir ce qui va à l’encontre de tout ce qui ce dit sur la prostitution. A ce propos, je conseille la lecture du texte d’Albert Londres, le journaliste auvergnat sur la traite des blanches entre la France et l’Argentine pendant l’entre-deux guerres. Son reportage est édifiant et va contre tous les lieux communs sur la « réelle » dépendance des filles vis à vis des proxos. Ce n’est pas un plaidoyer pour le proxénétisme, mais une analyse fine des comportements des différents acteurs de la filière : disponible en version originale sur le site Gallica (BNF) Le chemin du Buenos Aires : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2057893.r=albert%20londres

    Hasta Siempre !

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