Un inconnu vous offre des… Louboutin #fétichiste

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Je pourrais prendre des heures pour vous raconter tous les plans de mon mari pour me faire vibrer, nous sortir du quotidien, toucher le septième ciel et tomber en extase de plaisir. Je pourrais vous raconter pendant des heures ses idées indécentes, ses nuits de recherches sur les sites de rencontre et sa passion pour le candaulisme. Face à toutes ces expériences, il m’est arrivé de penser que viendrait le moment où nous n’aurions plus d’idées. Ce jour-là n’est pas prêt d’arriver apparemment.

La semaine dernière, il m’a étonnée en me faisant une proposition indécente :
– Je discute avec un mec qui voudrait t’offrir une paire de chaussures Louboutin.
– Des escarpins?
– Il aime tout : les talons hauts, les plateformes, les sandales, les escarpins… Tu pourras choisir la paire que tu veux. Cela fait un petit moment que nous discutons ensemble. Au début, je lui ai demandé s’il proposait ça à tous les couples du site de rencontre. Apparemment, il n’a fait ça que deux fois. Il a l’air sincère dans sa démarche, les chaussures, ça le fait triper. L’idée ce serait que tu t’habilles légèrement, sans culotte et que vous vous retrouviez dans une boutique, pour faire des essayages, choisir une paire ensemble et aller voir un verre. Après rien n’est obligatoire.
– Ok, c’est plutôt sympa comme concept. C’est la période des soldes, ça tombe bien.

J’étais vraiment enthousiaste, même si déjà je me posais dix mille questions sur l’éthique de cette rencontre. Et puis la nuit m’a porté conseil : j’ai rêvé que je faisais l’amour avec un inconnu. S’en est suivie une seconde nuit qui m’a également porté conseil : j’ai rêvé que je faisais l’amour avec plusieurs inconnus. Ivre de rêves érotiques, j’ai senti que c’était une bonne idée ce plan Louboutin, rien que pour cette petite excitation, cette appréhension de… l’inconnu.

Alors j’ai gambergé. Je ne me suis jamais imaginé à quoi ressemblerait l’inconnu : j’envisageais juste les “Oh ce serait trop bien” et les “Aïe, et si ça se passe mal”.

Le week-end dernier, je suis allée à une soirée libertine dans un sublime loft et j’avoue que bien chaude, j’ai baisé sur un temps raisonnable avec une quinzaine d’inconnus, d’âges et de physiques très différents. Ça m’a donné confiance en moi, c’était vivifiant. Et évidemment, je suis rentrée brûlante retrouver mon mari qui m’en reparlait encore ce soir.

C’est alors que Twitter m’a rappelé que Louboutin avait lancé sa collection nude et je suis restée pantoise devant leurs photos commerciales. C’est vrai que ça fait “classe”.

Mon mari a programmé l’heure et le lieu du rendez-vous : mardi à 18h dans la boutique Louboutin rue Jean-Jacques Rousseau.

Evidemment, j’étais en retard : le temps d’enlever ma culotte pour arriver fesses libérées au rendez-vous, le temps de m’habiller uniquement d’une petite robe rose, de me maquiller, parfumer, d’enfiler des sandales à talons qui ne soient pas ridicules vu le standing de la boutique. Bref, j’étais en retard et l’inconnu aussi : donc nous étions en phase. Dans ce premier échange de sms, j’ai appris que l’inconnu s’appelait Raphaël. L’inconnu commençait à s’incarner. En chemin, je ressentais “l’expectative”, cette part de peur que je n’avais plus l’habitude de côtoyer.

Je suis arrivée à la boutique près du Louvre. J’ai regardé un premier pan de vitrine en attendant… un peu inquiète qu’aucun modèle ne me plaise. Je suis revenue sur mes pas pour parcourir un bout de la Galerie Véro Dodat. Quel charme ces galeries de Paris!

Raphaël est arrivé, sorti tôt du bureau, à une heure inhabituelle pour lui, souriant, heureux d’avoir l’impression de faire l’école buissonnière. J’étais moi aussi toute souriante à la vue de tant de beautés. Il ne voulait surtout pas que l’on entre tout de suite, et nous avons fait tout le tour de la vitrine, en commentant presque chaque paire, en disséquant ces particularités techniques : talons ultra fin, bride originale, strass à la mode, la fameuse collection nude qui n’attirait finalement pas tant le regard que ça, un modèle inspiré de Mondrian, des modèles un peu fantasques avec des plumes, des bottes. Bref, en quelques minutes nous savions quasiment quels modèles nous voulions essayer.

J’avais envie de lui faire plaisir et de me faire plaisir. Nous sommes rentrés dans le magasin, scrutant du regard toutes les paires exposés. Entre deux couples de touristes asiatiques en baskets, nous avons demandé 5 modèles à un vendeur pour des essayages. En attendant son retour, nous contemplions le mur d’escarpins.

Raphaël était aux anges. Une fois le vendeur revenu je me suis lancée dans tous les essayages possibles. Évidemment, les “So Kate” attiraient outrageusement les yeux… cependant, les “So Kate” ou les “Pigalles”, ce n’est pas moi. Elles me font penser à ma “voisine” (cf. L’infidélité promise) qui les porte si bien. 

À un moment, Raphaël pris mon pied dans ses main. Avec doigté, il admira la chaussure qui façonnait une cambrure extrême de la voûte plantaire. D’être dans ce magasin semblait exacerber tous ses sens. L’instant fut bref, mais il l’a raconté par la suite à mon mari avec beaucoup de précisions.

Mon pied reposé sur le sol, je me remis à marcher dans le magasin. Je me sentais légère. Je ne portais après tout que ma robe. Aucun bijou. Juste ma robe et les chaussures. Je marchais d’un pas décidé, athlétique. Ma robe virevoltait à chaque tour sur moi même. Quand je m’asseyais pour essayer une autre paire, je me demandais si l’on voyait mon entre-cuisses nu. Je ne limitais en rien mes mouvements. Contente de me sentir libre et de partager mon amour des chaussures d’exception avec mon cavalier, subjugué par chaque pas.

Une paire, entièrement recouverte de très beaux strass noirs remportait nos suffrages : Au milieu de tous ces essayages une paire aurait pu nous faire perdre espoir : hyper jolie en vitrine, ultra ouverte sur le devant du pied… mais à mes pieds, aucun rendu. Nada. On a eu un moment de doute sur le dénouement de notre histoire. Le vendeur compris notre désarroi et confirma que le magasin venait d’être dévalisé pendant les soldes. Lorsqu’il nous proposa de revenir un autre soir, nous avons feint d’être un couple de province et qu’il s’agissait de notre dernière soirée sur Paris.

C’est alors qu’un petit miracle eu lieu! Nous sommes tous les deux tombés en amour devant une paire, en tous points similaires à celle avec des strass, mais qui était noire vernie, avec des motifs tropicaux dorés. Elles étaient en vitrine mais avaient complètement échappé à notre attention jusqu’à présent. Cette paire fut plébiscitée!

J’ai laissé Raphaël payer, comme si nous étions mariés à la ville et qu’il me faisait un cadeau exceptionnel. Je ne ratais pas une occasion pour me regarder dans un miroir, ayant gardé la jolie paire nouvellement achetée aux pieds.

La suite vous l’avez vue certainement en ligne, nous avons bu un bon Spritz pour fêter cette nouvelle acquisition. Le bar “Le fumoir” plutôt cossu était très proche, nous nous sommes racontés nos vies et surtout nous avons discuté comme deux fanatiques de chaussures.J’ai parlé de la série de photo de David Lynch avec des Louboutin. Je me suis d’ailleurs dit que je devrais lancer un grand appel à parrainage : si quelqu’un(e) a ses entrées au Silencio à Paris, contactez-moi, j’aimerais bien y faire un tour un de ces jours. C’est un club select créé par David Lynch et qui semble très chouette :

Je vous livre l’interview de Raphaël pour que l’on comprenne mieux cet élan pour le fétichisme et le mécénat :

On a bien fait d’aller à la boutique un soir en semaine.

Raphaël : Oui, le samedi il y a la queue en dehors du magasin. Par contre, regarde, le vendeur m’a laissé son numéro de téléphone personnel. C’est bizarre, non ? (sourire)

Comment es-tu devenu fétichiste ?

Raphaël : Je suis arrivé là un peu par hasard. Je trouve que les talons hauts, ça fait une jolie courbe. C’est sexy. C’est très féminin.

Tu n’es fan que des Louboutin ou tu aimes bien aussi d’autres marques de chaussures ?

Raphaël : Je trouve que les Louboutin sont particulièrement sexy. Je ne sais pas si tu connais la maison Ernest ?

J’ai failli t’en parler. Tu m’as parlé des 12cm, Ernest va parfois au-delà. C’est « inmarchable »

Raphaël : J’ai rencontré un couple. On a trouvé chez Ernest une paire de 12cm en python sublimes, rouges. Sublimes. Un peu dans la forme des Hibiscus, légèrement ouvertes sur l’intérieur du pied. La boutique Ernest est boulevard de Clichy.

Oui, j’y suis déjà allée. J’ai fait des essayages et c’est vrai que pour moi c’est très difficile de marcher avec du 12cm et plus, sans plateforme.

On regarde tous les deux les chaussures sur lesquelles je suis haut perchée. J’arrive à marcher très dignement avec. Je relève un de mes talons pour l’observer et nous concluons en chœur : «  C’est du 12 ! »

Quand tu rencontres des femmes pour faire des essayages de chaussures se sont souvent des fans de chaussures ?

Raphaël : Toujours !

En fait, ce sont deux passionné.e.s qui se rencontrent.

Raphaël : Exactement, c’est pour ça d’ailleurs, qu’en général le dialogue se poursuit. Lors de ma rencontre à la maison Ernest, la femme était fan de talons, de bas Cervin. Ce sont des gens que je vois tous les mois maintenant. On se croise lors de leurs déplacements sur Paris.

Il y a des lieux de dialogue entre fétichistes des chaussures ?

Raphaël : Il y en a peut-être mais je ne les connais pas. Je n’ai pas cherché. Mais je vais regarder, c’est une bonne idée.

Et toi, tu me disais que tu préfères les talons fins ?

Raphaël : Oui ! Je trouve qu’il y a un équilibre avec le talon fin. Ça ponctue, la ligne de la jambe. Ça met un point final. Et puis c’est toujours miraculeux : tu tiens sur moins d’un centimètre carré. Il y a un côté magique.

Les gros talons, je ne dis pas que ce n’est pas joli. Il y en avait une paire toute à l’heure, rouge, avec une grosse bride bleue.

Les Mondrian !

Raphaël : Oui, c’est ça. Exactement, elle était jolie cette paire.

On en avait vu des roses vernies aussi, mais il n’y avait pas ma taille.

Raphaël : Tu vois, il faut qu’on réessaye. À peine sortis, il faut y retourner.

C’est super sain le fétichisme, si ce n’est pas un prétexte. Quand c’est un prétexte, là c’est malsain, parce que c’est un moyen et pas une finalité. Je pense que c’est ça la grande différence.

J’avoue que dans le choix de la boutique, je n’avais pas vraiment envie d’aller dans les grands magasins qui sont souvent bondés. Trop de monde. Trop de touristes.

Nous sommes allés à la 1ère boutique Louboutin. Tu sais qu’il y a aussi une boutique rue de Grenelle. Il y en a une aussi plus grande rue Saint Honoré, sur deux étages. Quand tu rentres, il y a un escalier sublime. C’est la dernière boutique en terme de date de création, et franchement, c’est la plus belle.

Tu aurais dû me le dire !?!

On fera les trois !

Mais au fait, pourquoi as-tu demandé à ce que je ne mette pas de petite culotte ?

Raphaël : Ce n’est pas moi, c’est ton mari.

Et pourquoi fallait-il que je sois habillée sexy ?

Raphaël : Ce n’est pas moi, c’est ton mari.

Donc voilà pourquoi je me retrouve dans un bar sans petite culotte, habillée sexy… avec des Louboutin. Ce n’est pas moi, c’est mon mari.

Allez, je vous laisse sur un début de conversation entre passionnés. Avant de se quitter, Raphaël a pris ma cheville entre ses doigts, caressant ma peau et le vinyle noir et doré. Son bonheur semblait sensoriel et saisissant. Hautement sensuel.

Plein de bisous, passez une excellente semaine.

Eve


Bonus Louboutin en ville

C’est hyper dangereux. C’est méga dangereux de marcher longtemps en Louboutin. D’habitude, je mets surtout mes talons hauts pour marcher du salon à la chambre, mais comme Raphaël m’avait mise en confiance, je me suis baladée en ville (oui, j’ai coincé mon talon dans les rainures des escalators, oui, j’ai eu mes moments d’exhaltation, de joie… et de douleur). C’était une sacré expérience :

Grrrr! Les escalators…
Loulou dans le métro
Loulou sur le bitume

Bonus Romans-sur-Isère

Si vous aimez les chaussures, allez à Romans, au musée national de la chaussure. Nous en avons parlé avec Raphaël. C’est probablement l’un des plus grand du monde entier. C’est peut-être même sur la route de vos vacances :

One Response to "Un inconnu vous offre des… Louboutin #fétichiste"
  1. Belle aventure 😉
    Et effectivement, pour les passionnés et fétichistes, le musée de la Chaussure à Romans est incontournable, entre histoire et expositions,ce lieu est tout simplement magique. Ayant fais une formation pendant un an dans le domaine, j’ai eu l’occasion d’y aller plusieurs fois et j’espère y retourner un jour.

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