Les fantasmes de l’orientalisme : les harems, les bains et l’oisiveté…

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Je me suis longtemps demandée comment j’allais aborder avec vous un thème un peu touchy et très en vogue dans les pays anglo-saxons : « The male gaze ». Que l’on peut traduire simplement par « le regard mâle »… et qui rejoint un peu le concept de “ceux qui écrivent l’histoire”, “ceux qui ont le pouvoir à un instant t”. En quoi le genre masculin influence notre regard collectif sur l’histoire?
Et je me rends compte que le concept s’explique super bien à propos de l’orientalisme. Oui, oui, replongeons-nous un instant dans ces figures au bain, de femmes lascives et muettes, présentées dans des décors travaillés, colorés :

Eugène Delacroix, Femmes d'Alger dans leur appartement, 1834
Eugène Delacroix, Femmes d’Alger dans leur appartement, 1834
Benjamin Constant, La favorite de l'Emir, 1879
Benjamin Constant, La favorite de l’Emir, 1879
Pierre-Auguste Renoir, Parisiennes en costumes d’Alger, 1872.
Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le bain turc, 1862 (tableau peint par l’artiste à l’âge de 82 ans)

De prime abord, je trouve ces tableaux très beaux. Les femmes paraissent faites de guimauve. Et ce qui est intéressant, c’est de voir le côté “marketing ” de la chose. La cible est claire : des hommes riches du 19ème siècle, puis du 20ème siècle. L’astuce est vieille comme le monde : rendre politiquement corrects des nus féminins pour le plaisir du « regard mâle » de leur propriétaire.

“Le monde occidental est en pleine évolution, mais un paradis demeure, à portée de main. Celui-ci devient source de fantasmes pour les artistes qui commencent à effectuer leur « voyage d’orient » à l’image du voyage en Italie des siècles précédents. C’est alors que nait le courant « orientaliste », représentations exotiques d’un orient peu réaliste, victime des rêves d’échappatoire occidentaux.” Zonecritique.com

Jean-Léon Gérôme, le bain turc, 1870
Jean-Léon Gérôme, le charmeur de serpent, 1878
Le flamant rose, Benjamin Constant, 1876
Le flamant rose, Benjamin Constant, 1876
Matisse, deux odalisques, 1921

Donc admettons que ce soit du porno avant l’heure, c’est à dire du contenu destiné à émoustiller les hommes à des fins masturbatoires, sans interaction avec une personne vivante de sexe féminin.
Il n’y a pas de honte à cela.
Ce qui est honteux, c’est de présenter ces tableaux comme une vision intimiste des intérieurs nord africains.
Une artiste féminine à la même époque a posé son chevalet au milieu du marché et a représenté des femmes voilées, actives, commerçantes, négociatrices (le petit pantalon vert à droite, c’est sexy, non?) :

Hilda Rix Nicholas à Tanger au Maroc, 1912, émerveillée par la lumière, la multitude, les habits chamarés.

Albert Marquet est aussi assez honnête en 1924 avec cette femme occidentale qui écrit dans sa chambre d’hôtel d’Alger :

Albert Marquet, Contre jour, 1924

C’est fascinant de changer de regard sur nos classiques. Ce qui est vrai pour l’orientalisme, l’est tout autant pour de nombreuses œuvres d’art de nos musées représentant des femmes nues, lascives, muettes, ne regardant  jamais directement le spectateur : parce qu’elles ne sont là que pour être vues, regardées, admirées, fantasmées… et pas pour vivre.

C’est bien d’en faire le constat. Allez hop! On respire un grand coup et on change ça à l’avenir.

Au fil du temps, la femme désirée devient désirante.


Bonus vidéos : John Berger et les femmes nues dans l’art

C’est intemporel, pour repenser notre regard sur le monde en 4 épisodes mythiques :





Bonus histoire de l’art : sexing the canvas

Pour aller vraiment plus loin, une formation gratuite est actuellement disponible en ligne sur le sujet, dispensée par l’université de Melbourne. Hyper intéressante.

https://fr.coursera.org/learn/gender-art


Idée de voyage : Grand hôtel villa de France

C’est bien d’exprimer des fantasmes. Eugène Delacroix, Henri Matisse, Hilda Rix Nicholas ont séjourné au Grand hôtel villa de France à Tanger au Maroc : ça m’a l’air joli comme tout.

9 Responses to "Les fantasmes de l’orientalisme : les harems, les bains et l’oisiveté…"
    • De rien 🙂 Ça fait plaisir de lire ton commentaire. Je voulais faire passer cette idée de façon légère. J’avais peur de faire un article gnan gnan, je suis rassurée.

  1. Mémoire de quelques échanges :
    Pamy : Il faut quand même se rappeler que dans ces thèmes orientalistes il n’y a pas que la femme qui est érotisée . Par exemple dans la littérature érotique homosexuelle de la même époque, l’indigène mâle est un cliché sexuel. Il s’agit + de domination coloniale que patriarcale
    Eve : un peu des deux mélangés : le colonialisme n’est-il pas issu d’une période d’apogée du patriarcat ?
    PS : très juste ta remarque sur l’érotisme homosexuel

  2. Le sexe de tout temps à toujours fait vendre.
    Que dire de la toile de Gustave Courbet: ” l’origine du monde.
    Excellent article très intéressant, merci

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