Interview de Patrick Pruvot : l’homme qui a su créer le Passage du désir au développement durable du couple

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Patrick Pruvot

J’ai rencontré Patrick Pruvot lors de la soirée de lancement du Womanizer Liberty, organisée dans la boutique passage du désir du 22 rue du Pont Neuf, à 50 mètres de la grande Canopée des Halles. Il m’a tout de suite fait rire avec ses nombreuses histoires de patron d’une chaîne de Lovestores. Sa préférée : quand l’éditeur de 50 nuances de Grey lui a envoyé des bouquins en urgence devant l’arrivée des télévisions dans sa boutique, alors qu’une semaine plus tôt, c’était pour lui la croix la bannière pour se faire livrer en exclusivité dans ses lovestores, pas aussi bien considérés que les librairies classiques (par cet éditeur).
J’ai bien aimé aussi l’histoire de la nana venue chez lui pour acheter des sextoys anals et qui serait repartie avec « Osez la sodomie » et une bougie « brûle ton ex » parce que son copain lui réclamait des sodomies en faisant tout le temps référence à son ex qui adorait ça. Moi ça m’a fait rire, j’imagine tellement bien la scène des deux amoureux autour de la bougie à attendre lentement qu’elle se consume.
Donc, je voulais l’écouter à nouveau parce que je l’ai trouvé magnétique et que je voulais en savoir plus aussi sur sa success story.
Allez, c’est parti pour une interview dédiée à toutes celles et ceux qui montent ou veulent monter un business qui évoque un certain érotisme ou qui veulent en savoir plus sur l’évolution actuelle des sextoys :
Lorsque nous nous sommes rencontrés la première fois, tu m’as dit que tu étais salarié avant de devenir entrepreneur dans le secteur du « développement durable du couple » (c’est la baseline de passage du désir)?
Patrick Pruvot : Oui, je travaillais dans une grosse agence de publicité et j’ai commencé à m’ennuyer. C’est un concours de circonstances dans ma vie : j’ai divorcé, j’en avais marre de mon boulot, dans l’urgence j’ai trouvé un appartement au dessus d’un sex-shop rue Saint-Denis, c’est le seul que j’ai trouvé. Tout s’est enchaîné. La conjonction a fait que je me suis dit « pourquoi pas me lancer dans mon business et ouvrir une boutique érotique dans le bon sens du terme ». Les sex-shops de la rue Saint-Denis mélangent érotisme et pornographie. Les huiles de massages côtoient les dvd, alors que pour moi ce n’est pas le même registre entre épanouissement sexuel et frustration sexuelle. L’érotisme c’est être bien ensemble, faire que ça se passe bien, s’émoustiller. Aussi, je me suis rendu compte que c’est très difficile de trouver une huile de massage en dehors d’un sex-shop. Dans les pharmacies les parfums vendus ne sont pas très sensuels, comme le camphre…

Ou la lavande 😉

Oui, et au fil du temps je suis devenu pote avec les mecs qui travaillaient dans les sex-shops. Je leur ai demandé qui était leur cible pour les huiles de massage. Ils m’ont répondu « les femmes » tout en confirmant qu’elles ne venaient pas dans les sex-shops. Pour moi, c’était la préhistoire du marketing. J’ai fait des salons en Europe, pour essayer de comprendre le marché. Je voulais sortir l’érotisme de la pornographie et faire un truc qui concerne tout le monde. Dans mes rêves les plus fous, je voulais être entre Zara et H&M. Ton premier acte de communication, c’est ton emplacement. Si tu es derrière une gare ou à Beaugrenelle, avec la même offre, tu ne racontes pas la même histoire. L’idée a germé, puis j’ai eu encore quelques évènements qui sont intervenus dans ma vie : l’un de mes clients était mécontent, pour ma boîte j’étais un fusible, et l’appartement dans lequel j’étais rue Saint-Denis a été vendu, et j’en ai trouvé un autre Passage du désir.
Nan?!?
Si, ça faisait un an que je cherchais un nom et j’arrive dans une rue qui s’appelle Passage du désir. Pour ma pendaison de crémaillère, je me suis rendu compte que tout le monde avait retenu l’adresse et la trouvait très belle. À 6h du mat’ je suis allé sur l’INPI, le site des dépôts de marque et Passage du désir était disponible dans 24 classes, alors que c’est impossible de créer quoi que soit qui commence par sexe. Je l’ai déposé en hôtel, en événements, en articles de cuir… Je l’ai déposé partout. Et là, je me suis dit qu’il fallait que je me lance. Le mot désir n’était pas préempté alors que le sexe était préempté partout. Le désir dans la publicité, je l’utilisais trois fois par page. Donc, je me suis lancé sur ce cumul d’événements accidentels finalement.
Je vois beaucoup de gens qui se lancent pour créer des sites sur Internet autour de la sexualité et qui ont beaucoup de mal pour trouver une banque. Est-ce que tu as eu ce genre de problème ?
J’étais tout content au départ mais j’ai mis 2 ans pour monter ma boîte. Mon coaching de création d’entreprise m’a été refusé par Pôle Emploi pour motif d’activité pornographique. J’ai cherché des fonds, mais personne ne voulait mettre d’argent dans mon projet. J’ai entendu des trucs hallucinant comme « Si j’investis là dedans, ma femme va penser que je la trompe ». J’ai trouvé deux tiers des capitaux auprès de personnes du milieu du retail de la bijouterie et qui connaissaient le principe de duplication de boutiques. J’ai cherché un local : refus systématique pour un commerce qui dit qu’il va vendre des sextoys. Alors j’ai changé le nom de la société en « Les ailes pourpres », comme les ailes du désir, le film De Wim Wenders et pourpre comme la couleur de logo. J’ai ouvert un stand aux Galeries Lafayette Haussmann au bluff parce que je les avais eu comme client dans la pub. Je leur avais dit que j’ouvrirais un stand Passage du désir pour la Saint-Valentin, fermé, où plus on avance, plus le désir progresse. Contre toute attente, ils ont kiffé l’idée. Mais c’était le 7 janvier, et j’ai eu un mois pour trouver les produits, alors que je n’avais rien. Puis, après j’ai trouvé un local, et toutes les banques m’ont fermé la porte au nez pour motif éthique alors qu’il me manquait un tiers de financement. J’ai eu 10 refus, et la veille de la signature pour la boutique, j’ai une banque qui a accepté.
Est-ce qu’elle veut bien que l’on dise son nom?
La société générale.
On peut les citer?
Oui, ils le méritent, parce qu’ils ont été plus intelligents que les autres. Ils ont compris mon concept.
Mais à l’époque même les pages jaunes refusaient de me référencer. Je leur ai dit : moi je veux bien que vous ne me mettiez pas dans l’annuaire, mais dans ce cas-là, vous retirez le plus gros marchand français de sextoys… La Redoute!
Ah oui, c’est vrai !
J’avais l’intuition qu’il fallait faire quelque chose d’érotique mais qu’il ne fallait pas le dire. J’ai cherché le concept. J’ai déposé la marque aussi « lovestore ». On ne parle pas de sexe mais d’amour. On ne parle pas de shop fermé mais de store qui est plus ouvert. On a cherché à être sur du flux mainstream. On a travaillé avec l’avocat de playboy pour savoir ce qu’est la pornographie.
Vous avez donc fait des études juridiques là-dessus?
Bien sûr. Si tu ouvres le Larousse, la pornographie, c’est toute image qui provoque l’excitation sexuelle. Il n’y a aucune femme dénudée sur les packagings que je choisis, donc ça n’est pas pornographique. Juridiquement aussi, on s’est demandé s’il fallait interdire nos boutiques au moins de 18 ans, et on a considéré que non. Alors à l’entrée, il y a un panneau « réservé aux adultes consentants ».
Tu fais comment si tu as une famille qui rentre?
On avertit les adultes qui font sortir les enfants. Généralement, les parents nous remercient.
J’ai voyagé beaucoup pour comprendre pourquoi dans certains pays, beaucoup de sextoys se vendaient et pourquoi dans d’autres pays, les gens n’osaient pas rentrer dans les boutiques.
Il y a un aspect légal en France : le sex-shop taxé à 33% (voir le blog de Baptiste Coulmont, sociologue spécialiste français du sex-shop), ce qui l’a rendu glauque. Et il y a aussi un aspects religieux : les pays protestants n’ont pas de problèmes, tandis que pour les catholiques, le plaisir est égal au péché. Donc, on a trouvé une finalité plus haute que de se faire plaisir, on œuvre pour le développement durable du couple. Même le pape ne peut pas être contre. Nous ne faisons rien de sale.
Est-ce que le développement des sextoys non phalliques, non réalistes, a aidé ce mouvement ?
J’ai commencé à m’y intéresser au début des années 2000’, donc j’ai connu le créateur du canard, Dirk Bauer, le fondateur de fun factorytoute une génération de marketers qui est arrivée sur le marché en disant : « Il ne faut pas qu’un sextoy ressemble forcément à un sexe ».
Je me souviens être allé sur un salon en Allemagne où j’avais vu un packaging de « bite plastique » avec une californienne à seins refaits à poil. J’ai demandé à parler à quelqu’un un peu étonné : « Ce produit-là il est pour qui? », on me répond « Pour les femmes ». Et j’ai renchéri « Vous croyez que ça leur plaît de voir une californienne parce que moi personnellement si pour un produit pour homme, on me mettait un moustachu en érection dessus, ça ne me donnerait pas envie. » Le mec m’a répondu « Vous n’avez rien compris au marketing. Elle s’identifie à la californienne à gros seins. Elle se dit que si elle achète le produit, elle sera belle comme elle ». Moi, j’ai bossé pour des grandes enseignes comme Carrefour, Heineken… je me suis dit que c’était du lourd comme raisonnement marketing.
Tony par exemple, le mec qui a inventé le canard vibrant, tout le monde pense que c’est un mec qui a pris son bain et s’est dit « Tiens, je vais faire vibrer un canard et ça va marcher ». Tony, son but dans la vie, c’était de créer un sextoy qui ne ressemble pas à un truc phallique. Il a fait une école de design pour ça. Il a mis au moins 5 années à trouver une idée… et quand il a trouvé l’idée du canard, personne ne voulait lui financer. Il a mis 10 ans à lancer le canard. Bon, ça c’était la 1ère génération qui a infantilisé le sextoy pour le rendre acceptable, mais ça avait ses limites, parce qu’un canard, en termes d’ergonomie, ce n’est quand même pas super sensuel.
La 2ème génération est venue de designers, souvent du domaine de l’électronique, comme Filip Sedic, l’un des fondateurs de Lelo, qui travaillait avant pour Ericsson. Cette génération a pensé le sextoy comme Starck, comme un bel objet, plus technologique. Les boîtes ressemblaient à celles des montres de luxe. La grosse erreur des marketers, c’était de penser que le marché des sextoys, c’est pour les femmes. En fait, c’est autant pour les femmes que pour les hommes. C’est quand même un cadeau plus sympa qu’une boîte de chocolats pour la Saint-Valentin. Les hommes ont été aussi sensibles au design parce que leur cadeau prenait un cran en panache. Offrir un bel objet ce n’est pas la même chose qu’offrir une bite en plastique. Quand j’ai assisté à tout ça, j’étais émerveillé. Je trouvais ça génial.
Et aujourd’hui, tu fais encore des voyages internationales pour voir ce qui se fait ?
Oui tout le temps.
Et alors ça bouge où ?
En chine, tout se fait en Chine. Ils ont pris le lead en technologie. Beaucoup de produits sont fabriqués en Chine, et maintenant ils sont designés par les Chinois. Ils n’ont pas encore fait d’invention technologique majeure. Le We vibe, c’est américain, Womanizer c’est allemand.
Ahhh Womanizer, c’est grâce à eux que nous nous sommes rencontrés lors du lancement Womanizer dans la boutique rue du jour.
Pour passage du désir les marques ont tout de suite fait des conditions qu’elles ne faisaient pas aux sex-shops parce que nous accompagnons nos clients. À la fin des années 60′, les premiers sex-shops, qui surfaient sur la libération sexuelle, étaient tenus par des nanas, en plein boulevard Saint-Germain par exemple. C’était ouvert, forcément il n’y avait pas de DVD à l’époque, les bouquins de David Hamilton ça devait être le truc le plus trash. Ces premières boutiques étaient des lovestores. Passage du désir est presque un retour à ce premier élan.

Merci Patrick pour ton temps précieux. May the force be with you!


Optez pour le développement durable de vos relations :

https://www.passagedudesir.fr/


Bonus Union

Pour écouter Patrick Pruvot et vous rendre compte par vous-même de son enthousiasme, je vous recommande cette petite vidéo d’interview in situ :

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