Sex et handicap (1/2)

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“Sexe et handicap”… Le titre de cet article est un parti pris pour parler d’un sujet qui parle de nous, de nous tous en fait.

Tout est parti d’une conférence à Sciences Po Paris intitulée “Sexe ou handicap”, où déjà, rien que le pitch avait attiré mon attention :
Pensez-vous que l’être humain puisse vivre sans émotions, sans attachement et sans affection? Pouvons-nous envisager un instant une vie dépourvue de liens et de contacts? Et pourtant, dès l’instant ou la personne est touchée par une incapacité et devient dépendante d’autrui, le premier tsunami éradique sa sexualité. La réalité est qu’il devient aux yeux des autres, asexué, sans intimité, sans besoins affectivo-émotionnels encore moins de sexualité, elle n’a pas le choix. Échangeons entre nous et faisons évoluer notre regard.

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The Sessions, film sur le sexe et le handicap, 2012

Face à moi dans cet amphi de Science Po réquisitionné pour la Queer Week, Hélène Lecomte, une jeune communicante qui fait mille réglages pour mettre en Skype deux personnes à l’autre bout de la France : Akim Boudaoud, psychologue/sexologue, Vice-Président de l’APPAS, en plein trajet en voiture qui cherche à se garer en direct (c’est merveilleux la technologie moderne) et Marcel Nuss, président de l’APPAS, l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel.

Il y a handicap et handicap… : Marcel est allongé, on voit son visage à l’horizontale, il semble entièrement immobilisé. L’esprit vif, déterminé, il présente son combat : le développement de l’accompagnement sexuel en France.
Sur toutes les régions de France, l’APPAS a analysé 400 demandes d’accompagnement sexuel pour voir d’où venait le besoin d’accompagnement sexuel et pourquoi.

Les demandes concernent des personnes de 18 à 94 ans…
Cette conférence a fait évoluer mon regard sur le handicap:

– Idée reçue numéro 1 : On n’est pas tous handicapés.
En fait… si. Nous avons tous de grandes chances d’être dépendants à un moment ou à un autre de notre vie, notamment en fin de vie, si la vie a été assez clémente pour nous laisser vieillir.


Dans les demandes reçues par l’APPAS, 5% venaient de femmes.
– idée reçue numéro 2 : Tout le monde parle de sexe.
En fait… non, tout le monde en rigole, trouve ça vulgaire, mais c’est rare de parler de sa sexualité ou de sexe à d’autres personnes, sans jugement, en toute curiosité franchement très saine. Alors, j’imagine que si pour les hommes, cela ne doit pas être facile d’exprimer des demandes, ça doit l’être encore moins pour les femmes, peu sensibilisées sur le sujet, comme toute la population française à vrai dire.


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The Sessions, film sur le sexe et le handicap, 2012

Après analyse, voici la sectorisation des demandes reçues par l’APPAS, par type de handicap:
– Handicap moteur, caractérisé par un trouble physique affectant la motricité (perte partielle ou totale de la capacité de mouvement)
– Handicap psychique, caractérisé par des difficultés relationnelles et de concentration, se manifestant par un dysfonctionnement de l’expression des émotions, de l’affection et de la communication.
– Handicap mental, caractérisé par une déficience intellectuelle (approche scientifique) et les conséquences qu’elle entraîne au quotidien (approche sociale et sociétale).
– Handicap sensoriel, caractérisé par des incapacités issues d’une déficience auditive ou visuelle

– idée reçue numéro 3 : Le logo collé sur toutes les toilettes du monde entier est représentatif des situations de handicap.
En fait… Non. Quand on voit tous ces types de handicap, et quand je croise avec les données de l’expo mental disorder de la cité des sciences, où il était annoncé qu’en 2050, 50% de la population mondiale souffrira d’un handicap psychique dans sa vie : on est vraiment tous concernés.
Dans les demandes reçues par l’APPAS, la plupart proviennent de personnes en situation de handicap moteur, donc en grande majorité des hommes vivant seuls ou en famille, parfois en couple ou vivant en institution.


La plupart des demandes ont été formulées par la personne concernée. Cependant, certaines personnes avaient besoin d’un tiers pour écrire et exprimer leur besoin : il s’agit alors de proches (familles) ou auxiliaires de vie (exerçant en milieu institutionnel ou privé).

– idée reçue numéro 4 : Bénéficier d’un accompagnement sexuel, c’est une baise à la va-vite.
En fait… NON. La sexualité simplement humaine, ça marche avec une connexion, dans laquelle chacun donne avec son niveau de sensibilité qui lui est propre. L’APPAS reçoit des demandes concernant :

  • le câlin, le toucher (toucher le corps de l’autre, se faire toucher, recevoir ou donner des câlins)
  • l’Acte sexuel
  • la confiance en soi (avoir une assurance en soi et de pouvoir se sentir à l’aise dans l’intimité avec une autre personne)
  • de l’affection et de la tendresse (émotions, affection et recherche de douceur)
  • Le plaisir (ressentir du plaisir et/ou de faire plaisir à l’autre)
  • Réappropriation de son corps (désir de prendre conscience et de communiquer avec son corps)
  • stimulation des organes génitaux (soit une demande de bénéficier d’une stimulation pratiquée par une tierce personne, soit une demande liée à l’éducation : apprendre l’autostimulation)
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The Sessions, film sur le sexe et le handicap, 2012

Idée reçue numéro 5 : Ce sont des pervers qui font appel aux accompagnant(e)s sexuel(le)s.
Vous le pensez vraiment ? Avoir le courage de sa sexualité concerne absolument tout le monde. Se sentir fier, prendre le pouvoir dans sa vie, renforcer son ego nous concerne tou.te.s.


Teaser

La semaine prochaine, on parle du métier d’assistant(e) sexuel pour lequel l’APPAS dispense des formations (à tou.te.s, y compris à des personnes en situations de handicap)… peut-être que cela ouvrira des vocations 😉


libertinageabelamourBonus littéraire

On peut être en situation de dépendance vitale, être marié et écrire des livres érotique. C’est le cas de Marcel Nuss qui comme moi est édité aux éditions Tabou. C’est pas beau ça ? J’adore.
Allez donc lire LIBERTINAGE À BEL-AMOUR


Bonus vidéo Sex & handicap

La sensualité est un langage universel, la preuve en image avec une vidéo hyper sexy :

3 Responses to "Sex et handicap (1/2)"
  1. Comment ne pas réagir à ton article …
    Comme tu dis justement au début il y a handicap et handicap, j’irais même un peu plus loin il y a handicapé et handicapé. C’est ce qui fait que depuis deux ans j ai un article sur le sexe et le handicap et que je n’arrive pas à l écrire.
    D’une part parce que mon handicap ne me cloue plus sur un lit ou un fauteuil roulant maintenant et deuxio car je ne me sent pas plus (voir moins) handicapée que toi, Charlie, Veronique ou Xavier.
    Et d’autres part parler “des handicapés” comme d’une globalité c’est aussi aberrant que de parler “des blancs, des noirs, des femmes, des zommes …” on est pas une espèce. La réalité est toujours bien plus riche qu’une bête classification normative.
    Je reviens un peu sur ton article :

    Idee reçue 1 : on est pas tous handicapée …
    En fait je crois profondément que j’ai la chance d’avoir un handicap visible, la plus part des humains ont des handicap qu’ils ignorent eux même, ne serait ce que celui de la non autonomie émotionnelle. Tu le précises d’ailleurs un peu plus bas 50% des humains souffrent de handicap psy, d’expérience perso si on inclus les perturbations psy pouvant à terme aboutir à des comportements dangereux on peut monter le chiffre 🙂

    Idee recue 2 : tous le monde parle de sexe …
    on est bien placé pour savoir que non, encore moins quand un handicap physique ou mental est visible.
    Le handicap, la différence sous toute ces formes, fait peur. C’est une peur viscerale de la maladie, de la mort. Les enfants sont curieux de cette différence, les mères changent de trottoir et ont peur qu’en les touchants elles et leur progéniture soient contaminés, les zumains en général ont peur de cette “difformité” transmissible par simple contact ou même simple regard parfois. Réminiscence de la grande peste peut être ?
    Et puis inconsciemment sexe = procreation et en france comme dans énormément de pays une sorte d’eugenisme acceptable existe. Un exemple au hasard : donner des inhibiteurs de libido aux enfants atteints de trisomie 21 pour ne pas qu’ils se reproduisent, ou même carrément la stérilisation systématique (si si) en France (gironde et ailleurs) Suède, Norvège … alors une assistance sexuelle … mouhahahahaha

    Idée reçue numéro 4 : Bénéficier d’un accompagnement sexuel, c’est baiser…
    Non ! Bien sur il y a le sexe mais il y a surtout et même essentiellement la chaleur, le contact. le rapport d’Humai à Humain de Frêres à Freres. Le sexe c’est la cerise sur le gateau, mais sans gateau ce n’est qu’une cerise, sympa mais pas super gourmand. C’est l’affection, l’attention, la chaleur, la Vérité d’un toucher qui fait l’interet qui communique au dela des apparences juste de peau à peau. Les yeux fermés sentir le corps d’un autre à ses cotés, caler sa respiration sur la sienne, sentir les peaux (quand on a le sens du toucher dispo) se parler bien plus intensément que tout grand dialogue ou concept meta psycho physio philoso phi phique 🙂
    Les neuro science mettent en ce moment en avant l’importance du touché dans la création du Je, de notre identité, de l’individuation. Et comme je te disais précédemment toucher un handicapé = danger ! toucher quelque chose de différent = danger, maladie, souffrance, et mort.

    Et puis ne nous leurrons pas la face, le handicap, la différence quelle quelle soit nous renvoie surtout à notre propre difformité. Alors quand déjà on a du mal à s’accepter en tant que salopard / salope t imagine un peu t imaginer en tant qu’aberration ou monstruosité ?

    ha ouais monstruosité ça fait mal au cul mais c’est bien comme ça que le non conscient des “normaux” nous perçoit. La veille de se rencontrer sur Paris je discutais avec un “normal” (rattaché à une norme) qui me posait des questions sur mon handicap, quand je lui ai dit que physiologiquement rien ne m’empecher de redevenir “normal” il m a demander pourquoi je restais “invalide”… Après avoir essayé de lui expliqué que je ne me sentais pas moins “valide” que lui et devant son incopréhension et son désir de me normaliser je lui ai montré ce que le monde des gens “normaux” avait crée, ce que le monde des “preneurs”, des gens qui marchent droit avait engendré et là il a pleuré 🙂

    Dans les handicapés tu peux aussi rajouter les exclus, les clochards, les détenus en gros tous les parias, ceux qu’on cachent …

    De toute mes conférences celle que je chouchoute et ou je peux tenir 5h (déjà fait) c’est celle sur les préjugés et “un autre regard sur la maladie” Faire comprendre aux personnes “différentes” qu’il n’y a pas de fatalité mais surtout aux “normaux”, à la famille, que normal est une notion très très floue et que n’est pas forcément handicapé ou “invalide” qui croit
    En tout cas merci d’arriver à parler de ce sujet même si sans aucune illusion demain en marchant dans la rue la dame avec sa petite fille va quand même changer de trottoir, que les clubs continueront à me refuser l’entrée et que le jour ou on va en parler publiquement du sujet des assistant.e.s sexuel.e.s il y a aura beaucoup de gens remplis de peur qui défileront dans une manif contre tous pour que “ca” n’existe pas.

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