Pourquoi je ne suis pas prof de SVT

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Cette année, je suis allée au salon du livre de Paris pour la première fois en tant qu’auteure. Mon éditeur m’avait notamment invitée à faire des dédicaces le samedi et le lundi. Sauf que le lundi… c’était la journée des écoles (entre autres). Alors vous m’imaginez entre deux dédicaces répondre à des collégiens avec bienveillance et courtoisie qu’ils sont dans le rayon +18. Et je vois à un moment donné débarquer 3 collégiennes métissées hyper sympas, un peu, beaucoup espiègles. Je leur explique que “j’écris de la littérature érotique, ça parle de sexualité”. L’une d’elle me répond du tac au tac : “Ah d’accord madame, pourquoi vous n’avez pas fait prof de SVT? “

  • Soit elle pensait que parler de sexualité ça se fait forcément dans un cours de SVT?!?
  • Soit elle pensait que ce serait bien d’avoir des gens qui sont aussi à l’aise que moi pour parler de sexualité dans les cours de SVT…

Je ne me suis pas démontée. J’ai répondu avec émotion : “La sexualité ce n’est pas que des SVT, c’est du relationnel, des passions, de la connaissance de soi.”
La sexualité dans la pratique n’a vraiment rien à voir avec un cours de SVT.


Ça m’a fait réfléchir. Honnêtement, si j’avais été prof de SVT, moi à ces 3 jeunes filles, j’aurai rêvé de parler :

⁃ de l’évolution des espèces

Un peu comme Morgan Freeman le dit dans Lucy : “Les êtres vivants ont deux solutions. Être immortel ou se reproduire”.

Quand on fait un ou des enfants on ne cherche pas la reproduction de l’espèce (qui n’est qu’un concept de catégorisation du vivant à l’échelle du temps), nous recherchons la reproduction de nos gènes en tant qu’individu.
L’évolution c’est la diversité engendrée par ces reproductions de code génétique.

⁃ de l’infiniment petit

En matière de procréation, tout est invisible à l’œil nu. Les ovules, les spermatozoïdes, on ne les voient pas. Du coup, est-ce qu’un spermatozoïde ou un ovule est plus petit ou plus gros qu’un acarien… ça mériterait de creuser la question.
En tous cas, faire un enfant peut-être un choix, mais parfois comme on ne voit rien, on ne contrôle pas grand chose et on peut s’apercevoir un mois ou deux après après la fécondation qu’elle a eu lieu.
Les spermatozoides partent systématiquement à l’assaut de l’ovule. Il y a un lien de cause à effet entre rapport sexuel et procréation. Bref, une capote est un sac à sperme. En gros.
D’où l’importance de bien mettre un préservatif sans l’abîmer. D’où l’importance de prendre la pilule. D’où l’importance de savoir qu’un avortement n’est pas une formalité.
Ta sexualité peut avoir un impact radical sur ta vie si tu tombes enceinte sans le vouloir vraiment très fort. Quelques chiffres pour les jeunes filles :
⁃ 7,4 % des femmes sont seules au moment de la naissance de leur enfant
⁃ 1 couple sur 5 se sépare dans les premiers mois après la naissance de bébé.
⁃ En cas de séparation, 75% des enfants vivent chez leur mère.
Sources: http://www.doctissimo.fr/html/psychologie/amour/8973-baby-clash.htm
💬une grossesse dans la vie d’une femme peut s’avérer un vrai bonheur comme une énorme galère qui ressemble au parcours du combattant

⁃ de l’expérimentation

Suis ton intuition, test par des expériences ce qui te plaît à toi à un instant T. Et continue d’expérimenter toute ta vie. Tu ne peux pas attendre des autres qu’ils t’apprennent à te connaître.

💬D’où les discours sur la masturbation qui tentent de partager sereinement sur le sujet. “Jeune fille” va regarder OMGyes

⁃ de l’épidémiologie

Tous les contacts physiques propagent les bactéries, les microbes, les virus. Paradoxalement, l’humain vit en société, on a tou.te.s besoin de relationnel. On a besoin de contact physique pour bien vivre.

Et oui ça comporte des risques d’avoir des contacts physiques, encore plus des contacts entre muqueuses (génitales, buccales). Et c’est pour ça qu’on te présente sans cesse le bouclier de base : “le préservatif”. Embrasser peut te faire contracter un rhume (dans le meilleur des cas) ou un herpès (dans le pire des cas). Vivre comporte des risques.

💬En revanche, la sexualité ce n’est pas que des pénétrations (vaginales, anales, buccales) et toutes les caresses du monde sont des bulles de bien-être.


Et puis pour démontrer que ce n’est pas que des SVT, j’aurai certainement aussi rêvé de parler de l’interdisciplinarité de la thématique de la sexualité humaine :

⁃ avec le français: la littérature regorge de textes sur la passion amoureuse

Ce n’est pas anodin mais pas systématique (je ne me lasse pas de l’écrire). C’est un phénomène d’attachement très fort, comme une drogue (pire que la cocaïne dit-on). C’est normal si tu sens que ça chamboule ta vie.

⁃ avec l’éducation civique: en parlant du respect de l’orientation sexuelle

C’est un élan du cœur et du corps très personnel, que personne ne doit t’imposer et que tu ne dois pas imposer à autrui. Reste ouvert.e à la diversité : c’est le sens de l’évolution de la vie.

– avec la philosophie: à propos de l’inédite question du choix

Je cite Psychologie magazine : “Pendant longtemps, les individus se sont conformés à un destin défini par leur naissance : classe sociale, métier transmis de père en fils, rôle prédéterminé en fonction de leur sexe, de leur place dans la famille, de leur religion… Chacun suivait les injonctions de la société, pour en assurer la cohésion et l’équilibre, sans qu’il ne soit jamais question d’un quelconque épanouissement individuel librement décidé. Mais les révolutions et la démocratie sont passées par là. En décrétant la liberté et l’égalité, elles ont individualisé la société, et donné à chacun la responsabilité de son développement personnel et de son propre bonheur. Et la possibilité de choisir tout ce qui, jusqu’alors, lui était imposé. À nous, désormais, de trouver le moyen de devenir des êtres libres, épanouis, harmonieux, développés.”

Certains disent “On a toujours le choix” mais ce n’est pas si simple. Tout choix engendre des conséquences. Parfois, dans la vie tu voudras faire plaisir et ça peut t’arriver de ne pas dire non au bon moment. Il n’y a que toi pour t’écouter (les signes de ton corps, tes émotions, ton instinct).
La grande question à te poser est bien connue, c’est :

"Alors, heureux.se?"

En revanche, ça va vous paraître étrange, mais je trouve que le terme “éducation sexuelle” trop bien entré dans les mœurs ne me semble pas approprié. Ne me riez pas au nez. Je trouve ça plus pertinent de parler d'”information sur les sexualités”. Bref, ce n’est que mon avis sur une question purement sémantique. Le terme information me parle plus que “éducation” qui est plus “impliquant”. L’enseignant.e ne forme pas ses élèves à la sexualité. Il les informe sur des thématiques qui posent collectivement problème : l’intégration sociale des minorités, la division fictive entre corps, émotions et esprit, les naissances non pleinement désirées…

Je ne suis pas prof de SVT… mais j’aime bien faire “sex informatrice”.
Gros smack à toi qui m’a lu jusqu’au bout.


Bonus madmoiZelle sur l’éducation sexuelle


Double Bonus stéréogramme

En image à la une de cet article, c’est un stéréogramme super beau. Je vous laisse loucher pour le voir en 3D 🙂

Et ça c’est cadeau (toujours en louchant) :

2 Responses to "Pourquoi je ne suis pas prof de SVT"
  1. Réaction typique, un réel succès pour l’enseignement de la sexualité à l’occidentale après vingt siècles d’obscurantisme. La sexualité, c’est pour la reproduction. C’est mécanique, c’est biologique. What else ?

    Affligeant ! Mais comment imaginer un prof parler de plaisir, de relation à l’autre ?

    Il y a encore du chemin !

  2. Cet article m’a beaucoup plu, et m’a fait réfléchir (enfin, il m’a lancé sur une piste de réflexion, en tout cas). Merci pour ça, c’est bien écrit, et plein de belles vérités ! 🙂
    [Sans parler du lien vers OMGyes = Formidable découverte !!!]

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