Transexuelles ou travestis, les T-Girls sont plus que jamais fières d’être

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J’aime bien vous raconter mes rencontres, parce qu’il y a toujours un moment émouvant dans une conversation, où la personne avec qui je parle se laisse emporter par sa passion, et me raconte ce qui l’anime. C’est à ce moment-là que je demande toujours “Attends, attends. C’est super intéressant ce que tu dis, est-ce que je peux t’enregistrer?”. 😀

J’ai rencontré Lola aux Soirées Drôles de Dames, où j’ai longuement discuté avec elle, pour le plaisir de se sentir bien avec quelqu’une. Et je pense qu’un jour j’écrirai un chapitre sur les T-Girls, ces femmes qui se sentent femmes quel que soit le sexe qu’on leur a attribué à la naissance ou qu’elles arborent au quotidien.

Peux-tu me parler de tes débuts dans l’univers des drôles de dames?

Lola : Je me suis lancée dans une transition, je devais avoir 20 ans. À l’époque, il n’y avait pas Facebook. Il y avait un minitel 3615 trans, c’était mes premières sorties, mais c’était compliqué. J’ai rencontré Elena qui recevait chez elle. C’est une trav. Soumise. Elle aimait recevoir chez elle des travesties jeunes qu’elle initiait au BDSM, mais elle était soumise.

Il y a beaucoup de BDSM dans le milieu travesti.e.s / transexuel.le.s, comment tu l’expliques ?

Lola : Ça t’ouvre tous les champs des possibles. Tu es les deux sexes en même temps. Pour ma part j’ai découvert une sexualité que j’ignorais complètement. Tu explores des choses plus inconnues. C’est venu petit à petit. Elena recevait chez elle, avec du champagne au frais, mais elle ne voulait pas te voir habillé en garçon. Elle laissait la porte de sa salle de bain ouverte avec la lumière, sa porte d’entrée entrouverte. Il fallait foncer de l’une à l’autre. Elle te laissait te changer et il fallait arriver en fille pour boire le champagne.

Est-ce que tu as dû apprendre des techniques de mise en beauté ?

Lola : Pas tellement en fait. Je ne suis toujours pas une pro du maquillage. Ce n’est pas ce qui m’attire le plus.

Andrej Pejic, mannequin travesti (très très souvent)

Qu’est-ce qui t’attire ?

Lola : C’est de découvrir une sexualité dont j’ai l’impression qu’elle est sans limites. Maintenant, j’ai une copine travestie que j’ai rencontré à la MDT. On a flashé totalement l’une sur l’autre. Maintenant, on est inséparables, on se voit régulièrement. On a envie de découvrir plein de choses ensemble.

Dans des jeux lesbiens ?

Lola : Exactement ! Je me considère comme une travestie lesbienne. Je me sens complètement lesbienne.

Oui, c’est ce que j’avais ressenti en jouant avec une travestie. J’ai eu envie de respecter la belle femme que j’avais en face de moi.

Lola : Je peux faire l’amour avec des femmes. Je peux me faire prendre par un mec aussi en tant que femme. Dans les jeux lesbiens, il y a une tendresse énorme. Je n’ai jamais fait des préliminaires aussi longs. Avec mon amie, spontanément j’ai repris le rituel d’origine d’Elena que j’avais appris. Elle vient chez moi, elle se change chez moi. Mais moi par contre, ça ne me dérange pas du tout de la voir arriver en garçon, de l’embrasser sur la bouche quand elle arrive.On est très libérées. Elle vit en couple avec une fille qui sait que l’on se voit, que je connais, qui elle-même couche avec un autre garçon quand mon amie vient me voir. Rien n’est caché.

Quand j’étais en couple avec la mère de mes enfants, les préliminaires étaient expédiés, très courts. Là ça dure une heure, en se caressant, en s’embrassant, en buvant du champagne, en se disant « je t’aime ». C’est absolument incroyable, je n’avais jamais vécu ça avant. Et puis après, on va fumer une cigarette ou un petit pétard à la fenêtre. On a créé notre rituel à nous. En général, elle se met à la fenêtre, je la caresse parce que moi je ne fume pas/peu. Elle a le fantasme qu’on la voit sans la voir.

La dernière fois notre rencontre a duré 3 heures non-stop, jusqu’à ce que nous ayons joui, puis rebu une petite coupe de champagne. Parfois, elle reste coucher, mais comme on a des boulots très prenant, ce n’est pas facile. Parfois, quand on va à la MDT (Maison du Travesti), on se prend une chambre d’hôtel et on dort ensemble. La dernière fois, on a fait la totale. On s’est embrassées, caressées avant de sortir, à la MDT on a fait l’amour, en revenant, à l’hôtel, on a fait l’amour. Et le lendemain, on s’est fait un brunch en face de la mairie du 18ème en garçons. Nous nous sommes retrouvées dans la vie, pas normale, mais ordinaire, avec des gens qui revenaient du marché, qui lisaient leur journal, des gens qui attendaient devant la mairie ou qui venaient pour un mariage.

C’est le retour à la vie verticale.

Lola : Ce n’est pas désagréable non plus. En hommes, on n’est pas gênées, on est des homosexuelles femmes, mais même en hommes on se dit aurevoir en s’embrassant sur la bouche.

Qu’est-ce que tu recommanderais à une jeune personne ?

Lola : Ce qui m’est arrivé à moi. C’est-à-dire de rencontrer quelqu’un qui a de l’expérience, qui te met en confiance, qui te donne de l’assurance, qui t’aide, qui te rassure, qui te dit que tu ne seras reconnue par personne, que ce n’est pas possible, qu’à la MDT personne ne s’est jamais moqué de personne, même si c’est ta première fois.

Et d’ailleurs, même en tant que femme cisgenre, j’ai été très bien reçue à la MDT. C’est vraiment un lieu que je recommande moi aussi.

Lola : C’est très tolérant, très ouvert. Pour les débutant.e.s c’est idéal. Elles font des initiations si tu leur dis que c’est ta première fois, elles t’apprennent à t’habiller, à te maquiller.

Moi à l’époque j’ai appris beaucoup avec deux drag queens, dont l’une était stewart dans la vie professionnelle. Ça m’a aidé à sortir dans la rue. Elles te recevaient chez elles. Il y en a une qui t’apprenait à t’habiller, l’autre à te maquiller. Et ensuite elles t’emmenaient à une soirée.

Et elles se faisaient payer pour ça.

Lola : Oui, à l’époque c’était assez cher.

Mais tu ne regrettes pas ?

Lola : Ça m’a donné beaucoup d’assurance. Elles m’avaient emmené à un vernissage d’une artiste trans-identitaire. Je m’étais retrouvée à discuter au milieu de plein de gens, pour la première fois habillée en fille. J’étais hyper maquillée et j’étais très à l’aise. Je n’aurais jamais pu le faire toute seule. Jamais.

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