« Viens! », le film érotique solaire en réalité virtuelle

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Viens_afficheAujourd’hui, je vous entraîne dans l’univers de la réalité virtuelle avec le film « Viens! » de Michel Reilhac. Je l’ai découvert grâce au blog The Rabbit Hole, consacré à l’actualité du transmédia, alors qu’il était présenté au festival de Sundance, et j’avais même relayé la bande annonce sur les réseaux sociaux à l’époque, tout en regrettant de ne pas avoir la chance de pouvoir le voir (les États-Unis, c’est beau, mais c’est loin quand même). Puis, le destin a mis Mélanie Le Grand sur ma route, la co-auteure du film, qui m’a dit très simplement :

– Viens, voir « Viens! » dimanche, on fait un après-midi de projections à l’atelier Gustave dans le 14ème, où l’on expose avec Laurent.

Laurent, c’est Laurent Quinkal, son compagnon photographe, qui a créé la photo de l’affiche du film. Très belle.

C’est ma première plongée dans le monde de la réalité virtuelle et c’est une excellente introduction à cette nouvelle technologie, qui va tout emporter sur son passage dans les années à venir.

L’avantage de « Viens! », c’est que le film dure 8mn (assez pour se plonger dans un univers hors du temps, sans avoir l’effet « mal de mer » de la réalité virtuelle actuelle). Il est à 360° : on voit en haut en bas, devant soi, à gauche à droite… mais forcément, à chaque instant, il se passe des trucs dans notre dos.

Je l’ai testé sur une chaise de bureau pivotante, ce qui est un très bon stratagème : pour ne pas se cogner contre les murs ou trébucher, pour voir en un instant tout autour de soi (gros clin d’œil : pensez à regarder en bas).

À la fin du visionnage, un ami m’a demandé : « Alors, tu as vu le chat ? » C’était une private joke, mais de fait, chaque spectateur voit le film de façon unique. « Viens! » est donc une expérience, une exaltation sensuelle absolument unique !

Je vous diffuse la bande annonce et juste en dessous, c’est triple combo: j’ai réussi l’exploit d’interviewer Mélanie Le Grand, Michel Reilhac, les deux porteurs de ce beau projet, ainsi que Yumie Volupté, l’une des performeuses du film (la jolie petite brune avec la coupe au carré dans le trailer) :


Mélanie Le Grand, co-auteure de l’univers en réalité virtuelle de  « Viens ! »

Après avoir visionné le film, j’étais plutôt euphorique et j’ai naturellement commencé à discuter avec Mélanie.

Comment s’est déroulée la direction d’acteurs pour ce film ?

Mélanie Le Grand : Avec le système de caméras à 360°, comme on ne peut pas être dans l’espace de tournage, on ne peut pas être à vue des acteurs. Avec toute l’équipe, nous étions derrière un rideau, donc la direction d’acteurs se fait à la voix. Et pour les regards, les synchronicités, il y a des moments où je dirigeais en indiquant par exemple « Au top, regard caméra » ou « vous vous regardez entre vous », etc. Et j’ai fait aussi avec eux un travail d’écoute pour qu’ils deviennent un corps biologique entier, intégrant la structure gonflable.

YumieVolupte

Est-ce que tu as fait se rencontrer les acteurs avant ou sur le tournage ?

Mélanie Le Grand : Oui, ils se sont rencontrés avant. Moi, je les ai casté : ce sont soit des gens que je connaissais ou que l’on m’a recommandé. Il y avait un prérequis : une bisensualité, avec au minimum une grande tolérance les uns envers les autres. Nous avons eu aussi des discussions avec chacun sur ce qui était « ok » entre eux. Et puis, on leur a laissé une très grande liberté sur toute la partie sexualité. Nous avons d’ailleurs quelques heures de films que nous n’avons pas exploitées. Au final, il y a juste une scène qui est véritablement sexuelle. C’est un choix, c’est une scène que l’on a trouvé pas trop hard, et en même temps très sexuelle, avec une délicatesse, une beauté et une vraie sexualité multiple.

C’est dans cette sensualité à plusieurs que je me suis le plus identifiée, avec ce brin de sexe et beaucoup de partage.

Mélanie Le Grand : Oui, avec avant tout une reliance aussi.

« Reliance », c’est joli comme terme.

Mélanie Le Grand : On voulait faire un film lumineux.

Ça c’est réussi.

Mélanie Le Grand : Quand Michel m’a contacté, l’idée de départ était celle d’une scène d’orgie, mais ça ne m’intéressait pas trop. Par contre, je lui ai dit « Si on met de la lumière dedans, si on la poétise, si on la met dans un univers qui ne soit pas quotidien, que l’on crée un univers fantastique, on emmène vraiment le spectateur ailleurs et on peut montrer quelque chose d’au-delà de la partouze ». D’ailleurs, il y a plein de gens, qui en voyant le film, nous disent que ça ne les excite pas forcément. Ça c’est très intéressant, parce qu’il y a dans « Viens ! » un érotisme très fort, mais qui n’est pas là pour exciter le public mais pour ouvrir sur quelque chose d’autre. C’est ce qui le différencie de la pornographie. C’est une ouverture des sens.

Ahhh oui. Ça « donne envie de », mais c’est vrai que ce n’est pas une excitation physique pour le spectateur. Ça t’est venue naturellement, où tu avais vu tout ce qui se faisait et tu t’es dit « Ça, ça n’a jamais été fait » ?

Mélanie Le Grand : J’ai déjà cette approche dans mon travail photographique. J’aime créer des espaces de nudité dans un rapport très simple au corps. Respectueux, c’est-à-dire qui ne suit pas une idée ou une norme mais qui est relié à soi, intimement.
Je recherche vraiment ce qui est lumineux, joyeux, et Michel m’a dit « Super, on essaye !»


Michel Reilhac, le réalisateur très openmind de  « Viens ! »

Mélanie m’a très gentiment présenté Michel Reilhac, le réalisateur du film, un homme passionné, passionnant et captivant :

Pourquoi le grand public ne peut-il pas encore voir « Viens ! » ?

Michel Reilhac : Pour le moment, « Viens ! » n’est pas visible parce qu’il est invité dans plein de festivals depuis Sundance et Berlin, comme le festival de Cannes par exemple. C’est aussi le film d’ouverture du premier festival international uniquement consacré à la réalité virtuelle en Suisse à Cran Montana, qui s’appelle le World VR Forum. Et ensuite, il va faire plusieurs festivals, dont en octobre le porn film festival de Berlin, où on va présenter le film pour la première fois dans sa version installation. C’est-à-dire que l’on va créer un espace avec le décor du film. On va recréer l’installation de « la méduse », cette structure blanche qui gonfle, il y aura également des grands formats des photos de Laurent et Mélanie qui seront exposés, et des draps et des coussins pour s’assoir. Le soir, nous allons organiser des séances où les spectateurs seront invités à être à nus. Avant même de voir le film, les spectateurs seront plongés dans l’univers visuel, physique et sensoriel de « Viens ! ». Ce sera très intéressant.

ChristopheDeLaPointe réalité virtuelle

Donc, comme jusqu’à la fin de l’année il y a cette séquence de festivals dans lequel le film est présenté. Le film ne sera mis sur une plateforme qu’à la fin de l’année, mais sera directement accessible à n’importe qui, pour que tout le monde puisse le télécharger sur son téléphone et le regarder partout. Pour le moment, c’est un objet rare volontairement.

Quelle a été la génèse de ce film ?

J’avais envie de faire un film sur l’expression des limites du sentiment de présence et d’empathie dans un dispositif très intime et lié à la nudité. Le corps m’intéresse depuis toujours. Très vite, j’en ai parlé à Mélanie, on s’est tout de suite accordé sur le projet et Mélanie lui a donné sa dimension spirituelle, qui est devenue capitale. Quand nous sommes allés en repérage dans un très bel appartement, tout de suite des questions se sont posées : « Et si on le faisait dans la pleine lumière, dans le blanc, dans la célébration du corps, dans quelque chose de complètement solaire » et ça a été une vraie révélation. Nous avons laissé tombé le décor auquel on pensait pour celui du studio de danse. Et Xavier Servas a construit la structure que l’on imaginait.

C’est ça la beauté des hasards, parce que c’est Clément, le régisseur du film, qui nous a dit : « J’ai un pote qui fait des trucs gonflables, ce serait pas mal ». Nous l’avons vu 2 ou 3 jours avant le tournage et ça s’est fait comme ça. Pour les performers, c’était un décor très ludique.

C’est pareil pour le spectateur, on découvre les acteurs au grès des mouvements de la structure… Je n’en dis pas plus.

Michel Reilhac : « Viens ! » est devenu un poème tantrique, un voyage à la fois sensoriel et spirituel. Il propose une vision de la sexualité à l’image d’un chemin de développement personnel et de développement spirituel.

C’est la première fois que tu réalisais un film en 3D ?

Michel Reilhac : Ce n’est pas de la 3D, c’est de la réalité virtuelle.

Ah mince, désolée, je ne suis pas encore experte.

Michel Reilhac : La réalité virtuelle est aussi en 3D, mais on la regarde à l’intérieur d’un casque et surtout elle donne un changement de perspective radical, parce que tu n’es plus spectatrice devant un écran en 2D à l’extérieur du film. Tout d’un coup, tu es au centre de l’action. Et pour ce film, c’est particulièrement important puisque tu te retrouves invitée à l’intérieur du film, parce que les performers te regardent souvent, te prennent en compte et tu es impliquée. Ce n’est pas pornographique, même si c’est sexuellement explicite, c’est doux, et l’on se sent invité. Il y a même des gens qui font des gestes avec leurs mains pour essayer de toucher, de caresser devant eux.

Oh c’est mignon.


Yumie Volupté, performeuse dans le plus simple appareil

Puis Mélanie et Michel m’ont indiqué que Yumie Volupté, l’une des performeuses du film était également présente ce jour-là. Et il se trouve qu’elle m’a tout de suite reconnue, car elle m’avait accueilli à une soirée parisienne, bien libérée. Et effectivement, je me suis souvenue immédiatement d’elle. Questions innocentes :

C’est la première fois que tu tournes dénudée dans un film?

Yumie Volupté : Non, j’avais déjà tourné pour Maria Beatty , qui est un peu « la » réalisatrice de films pornos lesbiens BDSM noirs. C’était très esthétisé et mis en scène, donc le rapport à la nudité n’était pas le même (ndlr : voir photo ci-contre… Yummy Yumie!).yumie Mais j’ai un rapport à la nudité très simple. Cela ne me dérange pas de tourner nue.

Pourquoi, à ton avis, ton rapport à la nudité, la sexualité, est plus ouvert que chez d’autres personnes ?

Yumie Volupté : Les questions concernant « les » sexualités, les genres, le corps m’intéressent depuis longtemps. Je suis travailleuse du sexe, militante féministe pro-sexe et queer. Je fais aussi partie de l’Érosticratie. Le rapport à la nudité est simple pour moi. Le rapport au corps, c’est quelque chose que j’interroge et que je continue à interroger, avec les personnes que je rencontre.

Dans « Viens ! » comment as-tu vécu la direction d’acteurs, un peu spécifique pour la réalité virtuelle ?

Yumie Volupté : Moi, je ne suis pas actrice, je ne sais pas jouer. En revanche, si on me met un cadre pour participer, je le vis comme une expérience. Et Mélanie a un rapport à la performance et au tantrisme qui est très bienveillant. L’énergie est passée et la structure nous a isolé dans un cocon, un petit nid hors du temps. Ce qui est intéressant avec le système de réalité virtuelle, c’est que l’on ne peut pas avoir l ‘équipe de tournage sur la scène. Il y a une confiance qui s’installe avec l’équipe qui performe. Et ça, ça me plaît.

Voilà, encore un peu de patience ami(e)s spectatrices et spectateurs, vous pouvez leur faire confiance, « Viens ! » est une très belle performance, à voir absolument. renseignez-vous sur les casques de réalité virtuelle (on en reparle très bientôt avec les avancées du porno dans le domaine : tous ces volumes, ça me met en joie).


Crédit photos : Les photos de cet articles issues du film « Viens! » sont de c’est Laurent Quinkal.

3 Responses to "« Viens! », le film érotique solaire en réalité virtuelle"
  1. Merci pour le partage Eve, ça donne envie de voir ce film au travers de ce nouveau format. Et très intéressantes tes interviews des auteurs et protagonistes. J’ai été faire un tour sur le site de Mélanie Le Grand, j’aime beaucoup ses visuels. Grâce à toi, j’ai également pu découvrir le groupe l’Erosticratie qui, malgré une esthétique cyber-punk qui a tendance à me refroidir, a l’air de rassembler quelques artistes qui valent le détour. Je vais explorer ça plus en profondeur.

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