Je ne la connais pas personnellement. J’ai vu ses photos sur Insta, j’ai trouvé ça magnifique, apaisé, beau. Elle, c’est Nora Gaspard, blogueuse sur https://www.noragaspard.com/ qui a créé le love & sex festival de Namur en Belgique.

Nora Gaspard

Séquence interview, juste pour vous, j’avais tellement envie d’en savoir plus sur ces clichés qui ont su capter l’éphémère lueur de nos peaux humaine, via son projet : HuMan Skin.

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Projet #HuManSkin – Modèle H19HMS51F419-16

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La peau est déjà un média pour le corps humain, comment as-tu pensé ce projet photographique ?

Nora Gaspard : La peau… C’est notre enveloppe, qui maintient le corps ensemble, lui donne sa forme, en définit les limites. Mais c’est aussi notre interface avec l’extérieur,  de perception de la chaleur ou du froid, de la douceur ou de la rudesse, de la pression ou de la caresse. Elle a donc un  rôle fondamental  dans notre sensorialité. Et puis, la peau nous raconte : cette cicatrice d’enfance, ces vergetures, souvenir de grossesse, ces chairs qui parfois changent de couleur, avec le soleil ou la douleur, cette peau tannée par endroit, ou si fragile à d’autres, tantôt lisse comme soie, tantôt couverte d’un duvet transparent, tantôt franchement poilue…  HuMan Skin, c’est cela : aller trouver le beau, le doux, le rêche, dans ce que raconte un corps. J’avais envie de faire cette quête au travers de corps masculins, moins exposés, peut-être moins regardés aussi.

Comment choisis-tu tes modèles, les lieux, les heures pour les séances? 

Nora Gaspard : Je dirais : avec chance. Je ne photographie que des hommes qui connaissent mon travail. Les premiers, je les ai sollicités directement, comme par défi. Après quelques publications, j’ai reçu beaucoup de propositions par mail, ou via Twitter. C’est très important pour moi de me sentir en confiance, de connaître les motivations du modèle. J’ai déjà refusé des personnes car le feeling à l’écrit ne passait pas. Par contre, je n’ai jamais refusé un modèle pour son corps : au contraire, j’aime cette diversité des formes, des courbes et des reliefs. Il y a de la beauté chez chacun. Se voir à travers les yeux de quelqu’un d’autre, et se trouver beau, c’est une chance, une force, une occasion de prendre confiance en soi aussi. En général, j’organise des séances dans les villes où je voyage, le plus souvent dans des lieux impersonnels, comme des hôtels, dans des chambres blanches ou très neutres. Le plus gros défi, c’est l’heure : j’aime travailler le matin, peu après le lever du soleil.  J’ai fait des séances à 6h30 du matin, en été. C’est rude pour les modèles, mais la lumière est si belle. Le plus beau moment, c’est vers 10h en hiver, quand le soleil est bas, arasant. Ça donne à la peau un reflet étincelant du plus bel effet. 

Qu’est-ce que tu ressens lors d’un shooting ?

Nora Gaspard : C’est un travail qui touche à l’intime, où chacun révèle beaucoup de soi. Quand je photographie, je suis très concentrée. Du coup, je parle peu, je fais beaucoup de grimaces, ça peut être perturbant pour le modèle !  Parfois, c’est émouvant, parfois léger. J’ai moi-même posé pour le projet de “Chambre aux miroirs ” de Jean-François Noville. Je connais la fragilité qu’on ressent à livrer son corps totalement au regard de l’autre. On est obligé de lâcher prise. C’est à la fois courageux et troublant. Ça exige le plus grand respect de ma part. Chaque rencontre est unique, chaque séance est un moment intime assez inédit : on ne se connaît pas, on ne se parle pas – la discussion vient après les photos… Il faut créer la confiance à travers le regard, respecter le corps et les distances de chacun. En fait, quand je photographie, je me sens … équilibriste !

Tout semble si doux dans tes photos, le fait de dépasser les genres par la peau est-ce une thématique importante pour toi?

Nora Gaspard : De manière générale, – mon discours fait parfois grincer les dents mais je l’assume –  je me fous totalement du genre, comme je me fous des nationalités, des orientations sexuelles, des couleurs de peau, des rôles sociaux. Pour moi, un humain égale un humain, et rien, jamais, ne devrait remettre cela en question. Après, mes modèles sont des hommes tout ce qu’il y a de plus nus, oui. Pas tous, notez. J’aimais assez, au début du projet, il y a presque 10 ans, aller à l’encontre des usages de notre société… J’aime toujours ça, en fait ! La seule femme que j’ai photographiée a elle aussi une histoire de corps, un rapport au corps qui m’interpellait, et  c’était l’une des séances les plus déjantées que j’ai faite ! À l’avenir, je crois que le projet va évoluer un peu. J’ai pris goût à la photo de nu, c’est une façon de découvrir l’autre politiquement incorrecte que j’adore. Mais j’ai envie d’aller un cran plus loin. Je vais sans doute plus encore qu’avant mêler les mots et les photos, et j’aimerais travailler avec des couples. Avis aux intéressé-e-s ! 

As-tu un coup de cœur à partager sur l’art et la sexualité ?

Nora Gaspard : Oh j’en ai plusieurs… Je suis une fan inconditionnelle du travail de Rita Renoir. Elle était l’invitée du Love & Sex Festival que j’ai organisé en mars, ici en Belgique, et nous a même signé une affiche des plus élégantes. Son travail est à la fois délicat et provoquant, audacieux et tout en retenue… J’adore! Côté lettres, j’aime beaucoup l’écriture de Camille Eelen, plus rugueuse que la mienne, avec de la chair et du foutre dedans.  Enfin, j’ai découvert sur instagram il y a quelques jours une superbe création de Hazel Mead, sur l’éducation sexuelle, j’ai envie de la montrer à la terre entière en criant : parlons-en !

Elle fait un superbe boulot, à la fois éducatif et graphique.  Et hors érotisme, j’ai un amour inconditionnel pour Ragnar Kjartansson, et particulièrement son installation “The Visitors”.

J’ai découvert cela au musée des arts contemporains de Montréal, il y a trois ans. Et aujourd’hui encore, cette oeuvre immersive m’habite, m’émerveille, m’interpelle, me donne à réfléchir. N’est-ce pas ce qu’on attend de l’art ?

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Le livre. #HuManSkin

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