“Sexe et handicap”… Le titre de cet article est un parti pris pour parler d’un sujet qui parle de nous, de nous tous en fait.

Tout est parti d’une conférence à Sciences Po Paris intitulée “Sexe ou handicap”, où déjà, rien que le pitch avait attiré mon attention :
Pensez-vous que l’être humain puisse vivre sans émotions, sans attachement et sans affection? Pouvons-nous envisager un instant une vie dépourvue de liens et de contacts? Et pourtant, dès l’instant ou la personne est touchée par une incapacité et devient dépendante d’autrui, le premier tsunami éradique sa sexualité. La réalité est qu’il devient aux yeux des autres, asexué, sans intimité, sans besoins affectivo-émotionnels encore moins de sexualité, elle n’a pas le choix. Échangeons entre nous et faisons évoluer notre regard.

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The Sessions, film sur le sexe et le handicap, 2012

Face à moi dans cet amphi de Science Po réquisitionné pour la Queer Week, Hélène Lecomte, une jeune communicante qui fait mille réglages pour mettre en Skype deux personnes à l’autre bout de la France : Akim Boudaoud, psychologue/sexologue, Vice-Président de l’APPAS, en plein trajet en voiture qui cherche à se garer en direct (c’est merveilleux la technologie moderne) et Marcel Nuss, président de l’APPAS, l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel.

Il y a handicap et handicap… : Marcel est allongé, on voit son visage à l’horizontale, il semble entièrement immobilisé. L’esprit vif, déterminé, il présente son combat : le développement de l’accompagnement sexuel en France.
Sur toutes les régions de France, l’APPAS a analysé 400 demandes d’accompagnement sexuel pour voir d’où venait le besoin d’accompagnement sexuel et pourquoi.

Les demandes concernent des personnes de 18 à 94 ans…
Cette conférence a fait évoluer mon regard sur le handicap:

– Idée reçue numéro 1 : On n’est pas tous handicapés.
En fait… si. Nous avons tous de grandes chances d’être dépendants à un moment ou à un autre de notre vie, notamment en fin de vie, si la vie a été assez clémente pour nous laisser vieillir.


Dans les demandes reçues par l’APPAS, 5% venaient de femmes.
– idée reçue numéro 2 : Tout le monde parle de sexe.
En fait… non, tout le monde en rigole, trouve ça vulgaire, mais c’est rare de parler de sa sexualité ou de sexe à d’autres personnes, sans jugement, en toute curiosité franchement très saine. Alors, j’imagine que si pour les hommes, cela ne doit pas être facile d’exprimer des demandes, ça doit l’être encore moins pour les femmes, peu sensibilisées sur le sujet, comme toute la population française à vrai dire.


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The Sessions, film sur le sexe et le handicap, 2012

Après analyse, voici la sectorisation des demandes reçues par l’APPAS, par type de handicap:
– Handicap moteur, caractérisé par un trouble physique affectant la motricité (perte partielle ou totale de la capacité de mouvement)
– Handicap psychique, caractérisé par des difficultés relationnelles et de concentration, se manifestant par un dysfonctionnement de l’expression des émotions, de l’affection et de la communication.
– Handicap mental, caractérisé par une déficience intellectuelle (approche scientifique) et les conséquences qu’elle entraîne au quotidien (approche sociale et sociétale).
– Handicap sensoriel, caractérisé par des incapacités issues d’une déficience auditive ou visuelle

– idée reçue numéro 3 : Le logo collé sur toutes les toilettes du monde entier est représentatif des situations de handicap.
En fait… Non. Quand on voit tous ces types de handicap, et quand je croise avec les données de l’expo mental disorder de la cité des sciences, où il était annoncé qu’en 2050, 50% de la population mondiale souffrira d’un handicap psychique dans sa vie : on est vraiment tous concernés.
Dans les demandes reçues par l’APPAS, la plupart proviennent de personnes en situation de handicap moteur, donc en grande majorité des hommes vivant seuls ou en famille, parfois en couple ou vivant en institution.


La plupart des demandes ont été formulées par la personne concernée. Cependant, certaines personnes avaient besoin d’un tiers pour écrire et exprimer leur besoin : il s’agit alors de proches (familles) ou auxiliaires de vie (exerçant en milieu institutionnel ou privé).

– idée reçue numéro 4 : Bénéficier d’un accompagnement sexuel, c’est une baise à la va-vite.
En fait… NON. La sexualité simplement humaine, ça marche avec une connexion, dans laquelle chacun donne avec son niveau de sensibilité qui lui est propre. L’APPAS reçoit des demandes concernant :

  • le câlin, le toucher (toucher le corps de l’autre, se faire toucher, recevoir ou donner des câlins)
  • l’Acte sexuel
  • la confiance en soi (avoir une assurance en soi et de pouvoir se sentir à l’aise dans l’intimité avec une autre personne)
  • de l’affection et de la tendresse (émotions, affection et recherche de douceur)
  • Le plaisir (ressentir du plaisir et/ou de faire plaisir à l’autre)
  • Réappropriation de son corps (désir de prendre conscience et de communiquer avec son corps)
  • stimulation des organes génitaux (soit une demande de bénéficier d’une stimulation pratiquée par une tierce personne, soit une demande liée à l’éducation : apprendre l’autostimulation)
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The Sessions, film sur le sexe et le handicap, 2012

Idée reçue numéro 5 : Ce sont des pervers qui font appel aux accompagnant(e)s sexuel(le)s.
Vous le pensez vraiment ? Avoir le courage de sa sexualité concerne absolument tout le monde. Se sentir fier, prendre le pouvoir dans sa vie, renforcer son ego nous concerne tou.te.s.


Teaser

La semaine prochaine, on parle du métier d’assistant(e) sexuel pour lequel l’APPAS dispense des formations (à tou.te.s, y compris à des personnes en situations de handicap)… peut-être que cela ouvrira des vocations 😉


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On peut être en situation de dépendance vitale, être marié et écrire des livres érotique. C’est le cas de Marcel Nuss qui comme moi est édité aux éditions Tabou. C’est pas beau ça ? J’adore.
Allez donc lire LIBERTINAGE À BEL-AMOUR


Bonus vidéo Sex & handicap

La sensualité est un langage universel, la preuve en image avec une vidéo hyper sexy :